À Saint-Dié-des-Vosges, la communauté peule quitte le quartier pour la ville
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Longtemps, on les situait sur un plan de la ville : ce quartier populaire de Saint-Dié-des-Vosges où les familles peules, venues du Sénégal et de Mauritanie, avaient posé leurs valises. Ce raccourci géographique, la série estivale « Venu(e)s d’ailleurs » (5/7) le décrit aujourd’hui comme dépassé : les habitants concernés participent de plus en plus à la vie économique et culturelle de la sous-préfecture vosgienne. L’ascension sociale, dit un témoignage retenu pour le titre, « gomme beaucoup de préjugés ». Ce que cela change pour le lecteur : une image figée d’une petite ville de l’Est se déplace, et avec elle la manière dont on parle d’intégration hors des grandes métropoles.
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Une géographie sociale qui se déplace
L’histoire tenait en une adresse. Les familles d’origine sénégalaise et mauritanienne étaient identifiées au quartier populaire où elles s’étaient installées, comme si la ville s’arrêtait à ses lisières. Le reportage constate un mouvement inverse : ces habitants sont désormais présents dans la vie économique et culturelle de Saint-Dié-des-Vosges, c’est-à-dire dans son commerce, ses associations, ses scènes — bref, dans ce qui fait qu’une ville existe autrement que par ses statistiques.
La formule choisie pour le titre — « L’ascension sociale gomme beaucoup de préjugés » — résume un mécanisme banal et pourtant rarement dit ainsi : les regards changent quand les positions changent. Ce n’est ni un miracle ni une morale, c’est une observation.
Ce que la série documente, ce qu’elle ne dit pas
Ce cinquième volet s’inscrit dans une série de sept consacrée aux trajectoires d’installation en France. À Saint-Dié, elle éclaire une communauté peule dont les racines se trouvent au Sénégal et en Mauritanie, et dont la présence locale n’est plus réductible à un périmètre d’habitat.
Il faut, en bonne foi journalistique, dire aussi ce que ce cadrage ne fournit pas : pas de chiffres publics sur la démographie de cette communauté à Saint-Dié, pas de mesure du chemin parcouru en emploi, en scolarisation ou en création d’entreprise, pas d’inventaire des lieux culturels investis. Le récit vaut par ses témoignages ; il n’a pas vocation à tenir lieu d’étude. Le lecteur curieux gardera cette limite en tête — c’est précisément parce que la sous-préfecture vosgienne est rarement racontée qu’un portrait doit être lu comme portrait, non comme radiographie.
Pourquoi Saint-Dié mérite qu’on la regarde
On parle volontiers d’intégration à Paris, à Marseille, à Lyon, comme si la province n’avait pas ses propres équilibres. Saint-Dié-des-Vosges, sous-préfecture d’une vallée industrielle qui a beaucoup encaissé, offre un terrain différent : moins d’anonymat, plus d’interconnaissance, une ascension sociale qui se voit — et donc, dit le témoignage, qui pèse. Les préjugés n’y tombent pas par décret mais par familiarité : le commerçant qu’on connaît, la responsable associative qu’on croise, le collègue de travail. Rien de romanesque, tout de concret.
Qu’on nous permette une remarque : il y a quelque chose de salutaire à ce que le récit national fasse un détour par les Vosges plutôt que d’en rester à ses cartes postales habituelles. Une République qui ne se raconterait que depuis ses métropoles finirait par ne plus se reconnaître dans ses sous-préfectures.
Ce qu’il faut surveiller
La série compte encore deux volets. Le lecteur intéressé par ces questions gagnera à les lire ensemble plutôt qu’isolément : c’est la juxtaposition des trajectoires qui donne la mesure du phénomène. Et, à Saint-Dié même, la vraie question n’est pas de savoir si les préjugés reculent aujourd’hui — le témoignage le dit — mais si les institutions locales, économiques et culturelles, sauront transformer cette dynamique en présence durable. On y reviendra quand les faits, eux, seront chiffrés.
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