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Amine le Conquérant, ou l’Histoire de France racontée par un drone et une gouaille

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Amine le Conquérant, ou l’Histoire de France racontée par un drone et une gouaille
Illustration générée par IA — ne représente pas la scène réelle.

Un drone, une langue déliée, quelques punchlines bien senties : il n’en fallait pas davantage à Amine Kassid, alias « Amine le Conquérant », pour rendre à nos vieilles pierres un public que les audioguides avaient depuis longtemps endormi. Le vidéaste raconte les châteaux de France sur les réseaux sociaux, et cela plaît. Cela plaît assez, en tout cas, pour que la vulgarisation historique reprenne des couleurs — et pour qu’une frange d’internautes déverse sur lui un cyberharcèlement à caractère raciste. Plusieurs personnalités lui ont apporté leur soutien, parmi lesquelles Stéphane Bern.

Un patrimoine filmé d’en haut, raconté d’en bas

La recette est simple, ce qui ne veut pas dire qu’elle soit facile. Amine Kassid pose son drone au-dessus d’un donjon, campe devant l’objectif, et raconte. Le vocabulaire n’est pas celui des colloques : il est celui d’une génération qui a grandi entre YouTube et TikTok, qui n’attend pas qu’on la tutoie de haut pour s’intéresser à Chambord ou à Pierrefonds. La vulgarisation, la vraie, tient précisément à cela : parler la langue de ceux qu’on veut instruire, sans les mépriser ni se mépriser soi-même.

Qu’un jeune créateur de contenu parvienne, seul avec son matériel, à ramener sur les tours et les douves un public que des décennies de politiques culturelles peinent à convaincre, voilà qui devrait réjouir sans réserve. Le patrimoine n’appartient à personne en propre ; il n’a de sens que partagé.

Le revers numérique : un harcèlement à caractère raciste

À ce succès répond, hélas, la part d’ombre familière des espaces sociaux : Amine Kassid est la cible d’un cyberharcèlement raciste. Le fait est établi et documenté ; il n’est pas anecdotique. Qu’on nous permette de nous étonner qu’un homme qui filme des châteaux français, qui les raconte à un large public et qui donne envie d’y aller, se voie sommé par une poignée d’anonymes de justifier sa présence dans le cadre. L’argument, si l’on peut appeler cela un argument, se réfute par la seule observation de ce qu’il fait : il transmet.

Le soutien de Stéphane Bern et de plusieurs personnalités

Face à ce déferlement, plusieurs figures publiques ont apporté leur appui au vidéaste. Stéphane Bern, dont le nom est depuis longtemps associé à la défense du patrimoine, figure parmi les soutiens les plus visibles. Le geste importe : il rappelle que la communauté de ceux qui aiment vraiment les vieilles pierres n’a jamais eu de préférence de teint, et que raconter un château n’exige aucun brevet de naissance.

Ce que cette histoire dit de nous

Deux enseignements se dégagent, l’un heureux, l’autre moins. Le premier : il existe, hors des institutions, un appétit réel pour l’histoire de France quand on la raconte bien. Les châteaux ne meurent pas d’indifférence quand on leur envoie un drone et une voix vivante. Le second : les réseaux, qui font le succès de ces vocations, en font aussi le prix. Le harcèlement en ligne, quand il vise l’origine d’une personne, cesse d’être un désagrément pour devenir un délit — et il faudra bien, à terme, que les plateformes en tirent les conséquences autrement qu’à coups de communiqués.

À suivre, pour le lecteur curieux : les prochaines vidéos d’Amine le Conquérant, et la manière dont les grandes maisons du patrimoine — publiques comme privées — sauront, ou non, dialoguer avec ces nouveaux passeurs. Le pont existe ; reste à savoir qui daignera l’emprunter.

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