Campagne de Charles Milliard : le cri du cœur de libéraux inquiets
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Le 14 septembre 2026, le Parti libéral du Québec (PLQ) traverse une crise de confiance inédite. Douze figures historiques du parti, dont d’anciennes ministres et députés des gouvernements Charest et Couillard, ont confié à Radio-Canada leur désarroi face à la campagne de Charles Milliard. Leur constat est sans appel : la stratégie actuelle, jugée trop discrète et mal exécutée, menace l’identité même du PLQ. Entre un lancement de campagne perçu comme improvisé, un slogan critiqué et une équipe de campagne pointée du doigt, les libéraux s’interrogent : comment un parti qui a gouverné le Québec pendant des décennies en est-il réduit à une campagne aussi peu convaincante ?
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Une campagne en demi-teinte, loin des standards libéraux
Radio-Canada a recueilli les témoignages de douze figures majeures du PLQ, toutes unanimes sur un point : la campagne de Charles Milliard manque de punch. Ces militants aguerris, qui ont organisé des campagnes victorieuses comme des défaites cuisantes, décrivent une équipe dirigeante en décalage avec les attentes du parti. Leur inquiétude est double : d’abord, la timidité de la campagne actuelle, qui contraste avec l’énergie habituelle des libéraux ; ensuite, le risque de perdre l’opposition officielle, un statut que le PLQ n’a jamais cédé depuis l’ère Duplessis. « Le PLQ est un parti qui a gouverné, et dont la raison d’être, c’est de gouverner », rappelle une militante de longue date. Pourtant, les erreurs s’accumulent : un autocar de campagne sans la photo du chef, un slogan « Rassembler. Réparer. Bâtir. » jugé peu mémorable, et un lancement de campagne éclipsé par l’actualité politique du moment. Les critiques fusent : « L’autobus, ça ne marche pas. Le slogan, ça ne marche pas. Les pancartes, ça ne marche pas », lâche un organisateur expérimenté. Même l’ajout tardif du visage de Charles Milliard sur l’autocar, après des semaines de silence, est perçu comme une mesure désespérée plutôt qu’une stratégie réfléchie.
Une équipe de campagne sous le feu des critiques
Les libéraux purs et durs ne se contentent pas de pointer du doigt la campagne : ils attaquent directement l’équipe qui l’entoure. Charles Milliard, bien que décrit comme « brillant » et « intelligent » par ses pairs, est jugé mal servi par son entourage. Les reproches sont sévères : manque de jugement politique, absence de figures expérimentées ayant remporté une élection récente, et refus systématique des conseils des anciens ténors du parti. Cinq sources ont confirmé à Radio-Canada que plusieurs libéraux chevronnés, dont certains ayant travaillé pour Justin Trudeau ou Mark Carney, avaient proposé leur aide avant le début de la campagne. Sans succès. « On m’a fait comprendre qu’au PLQ, le PLC, c’est toxique », confie l’un d’eux. L’équipe de Charles Milliard, elle, se défend en invoquant une volonté de renouveau et de diversité. Pourtant, les erreurs s’enchaînent : une vidéo d’« adresse à la nation » filmée sur un coin de table, avec un télésouffleur mal ajusté, est qualifiée de « cringe » par un stratège. Même les anciens ministres reconnaissent que « ça devrait être compensé par son équipe, et il est très mal servi par son équipe ». Le constat est accablant : une campagne qui part de travers, avec une équipe qui semble improviser au fil des jours.
Un chef en quête de crédibilité, entre propositions économiques et réalisme
Face à cette tourmente, Charles Milliard tente de recentrer le débat sur les propositions économiques de son parti. Lors d’un passage à Rivière-du-Loup, il a réitéré son opposition aux mesures de la CAQ, comme la « taxe de bienvenue » ou la TVQ à l’épicerie, tout en promettant un cadre financier « réaliste ». Les promesses libérales sont évaluées à 12 milliards de dollars, avec un objectif d’équilibre budgétaire fixé à une date non divulguée. Pour financer ces engagements, le PLQ mise sur des réformes de l’État, un recentrage des crédits d’impôt et une lutte contre le jeu en ligne illégal, avec une récupération estimée à 980 millions de dollars sur cinq ans. Charles Milliard a également annoncé un rehaussement du Programme québécois d’infrastructures (PQI) à 195 milliards de dollars sur dix ans, dont 75 % seraient consacrés au maintien des actifs. Pourtant, ces annonces peinent à convaincre. Les dépenses des ministères n’augmenteraient que de 2,4 % en moyenne sur cinq ans, un chiffre présenté comme un retour au « réalisme économique » plutôt que de l’austérité. Le chef libéral assume ce choix : « Ce n’est pas le temps des dépenses électorales bonbons ou des baisses d’impôts séduisantes, mais peu réalistes dans le contexte actuel », déclare-t-il. Pourtant, les libéraux purs et durs restent sceptiques : comment un parti qui a gouverné pendant des décennies peut-il se permettre une campagne aussi peu structurée, alors que les enjeux économiques sont cruciaux ?
Un parti en danger, entre nostalgie et urgence de se réinventer
L’inquiétude des libéraux ne se limite pas à la campagne actuelle : elle touche à l’avenir même du parti. Plusieurs sources évoquent un risque de perdre l’opposition officielle, un statut que le PLQ n’a jamais abandonné depuis des décennies. « À mon avis, il faut aussi qu’ils réalisent qu’il y a un réel danger de perdre l’opposition officielle », avance une ancienne ministre. Pourtant, tous reconnaissent que Charles Milliard, bien que novice en politique active, incarne une forme de renouveau nécessaire. « Tout le monde va te le dire : Charles, c’est un gars brillant », résume une militante. Mais brillants ou non, les libéraux savent une chose : une campagne mal maîtrisée peut sceller leur sort. Entre les erreurs de communication, les propositions économiques jugées trop timides et une équipe de campagne en crise, le PLQ semble naviguer à vue. Reste une question : parviendra-t-il à se réinventer avant qu’il ne soit trop tard ?
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