Deux rapports distincts ont émergé lors de la semaine écoulée pour dresser le constat d’un essor freiné chez les petites et moyennes entreprises canadiennes. Face aux incertitudes géopolitiques liées à Donald Trump et au vieillissement démographique au Québec, ces acteurs économiques doivent impérativement repérer de nouveaux débouchés tout en augmentant leur productivité. La conjoncture actuelle impose une adaptation rapide pour contrer les menaces externes et internes qui pèsent sur le tissu entrepreneurial du pays.

Un entrepreneur-témoin et sa tournée des PME

Olivier Primeau, homme d’affaires et créateur de contenu, s’est donné pour mission de recueillir directement le pouls des entrepreneurs québécois. Durant la campagne électorale, il a parcouru près de 5000 kilomètres à bord d’un minibus affublé des couleurs du parti qu’il soutient, la Coalition avenir Québec (CAQ). Cette tournée lui a permis de rencontrer les dirigeants et les employés d’environ 70 PME répertoriées dans son rapport.

Il affirme avoir entendu des témoignages dépeignant une bureaucratie pesante qui consomme un temps précieux. En moyenne, selon ses dires, les entrepreneurs passent plus de 30 heures par mois uniquement à remplir de la paperasse administrative. Primeau espère que le premier ministre désigné, Paul St-Pierre Plamondon, portera attention à ces propositions de réduction de la bureaucratie. Cette démarche vise à créer un peu plus de « laisser-aller » pour permettre aux entreprises de vivre et de prospérer.

Les obstacles structurels au financement canadien

Un autre rapport, celui du Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie dirigé par les sénateurs Clément Gignac et Toni Varone, confirme ces difficultés d’accès au capital. Le comité a réalisé une étude détaillée suite à quinzaine de réunions où 35 témoins ont été entendus. Les données révèlent un écart significatif avec les standards internationaux : en 2021, seules 11,6 % de la valeur des prêts bancaires étaient allouées aux PME canadiennes, contre une moyenne de 44 % dans les pays de l’OCDE.

De plus, le taux d’intérêt moyen imposé aux PME au Canada était de 6,2 %, supérieur au taux médian de 4,4 % observé ailleurs. Les investissements des entreprises ont également décliné, passant de 14 % du PIB en 2014 à 11 % en 2024. Ce système financier, conçu pour la stabilité, privilégie trop souvent les opérations de grande envergure au détriment de l’innovation et de la relève.

Un contexte politique et économique exigeant

Les enjeux s’intensifient avec le passage du pouvoir au Québec. Le Parti québécois a indiqué sa volonté de réduire le taux d’imposition des sociétés de 11,5 à 9,5 %, une mesure généralement bien accueillie mais jugée insuffisante sans un plan structuré plus large. Parallèlement, la fonction publique pourrait voir sa masse salariale réduite de 2,5 % sur cinq ans pour générer des économies de 6,3 milliards de dollars.

Toutefois, trois quarts des chefs d’entreprise en petite taille anticipent leur départ à la fin du siècle prochain, ce qui menace gravement les postes de travail ou ouvre la voie à des acquisitions par l’étranger. Avec une croissance pratiquement à zéro et des pertes d’emplois s’accumulant, le temps presse pour agir. Les sénateurs soulignent l’urgence de réformer la politique fiscale et de changer les règlements pour faciliter l’accès aux capitaux, afin d’éviter que des jeunes entreprises innovantes ne soient rachetées à l’extérieur, laissant partir une propriété intellectuelle précieuse.