Diesel à 2,85 $ : l’hiver des prix à l’épicerie s’annonce rude
Tweet cet article
Le diesel coûte désormais plus de 2,85 $ le litre à Montréal, un seuil qui n’avait plus été atteint depuis des années. Cette flambée, alimentée par la guerre en Iran et les perturbations des chaînes d’approvisionnement, annonce une hausse des prix à l’épicerie. Selon Ressources naturelles Canada, le prix moyen au Canada a grimpé de 10 ¢ en une semaine, et dépasse désormais de plus d’un dollar son niveau de l’an dernier. Les experts anticipent un hiver coûteux pour les ménages, alors que les transporteurs, déjà sous pression, devront répercuter ces coûts.
Dans la même rubrique
Une pression géopolitique sans précédent sur les prix du carburant
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : à Montréal, le prix moyen du diesel à la pompe a dépassé 2,85 $ ces derniers jours, selon Radio-Canada. À Vancouver, il frôle même les 2,93 $, un niveau inédit depuis des années. Cette hausse brutale s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes. La guerre en Iran, qui a conduit Téhéran à verrouiller le détroit d’Ormuz en représailles aux frappes américaines et israéliennes, a réduit de 75 % les exportations de diesel et d’essence en provenance du golfe Persique. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les flux en août n’étaient plus qu’à un quart de leur niveau d’avant-guerre.
La Russie, de son côté, a prolongé son embargo sur les exportations de diesel après des frappes ukrainiennes ayant endommagé plusieurs raffineries. Au Canada, la raffinerie Irving, la plus grande du pays, est à l’arrêt jusqu’en novembre pour maintenance, ce qui aggrave encore la pénurie. Résultat : les prix du diesel, déjà élevés en temps normal, s’envolent. Ressources naturelles Canada indique que le prix moyen au Canada a atteint 2,62 $ le litre ces derniers jours, en hausse de 10 ¢ par rapport à la semaine précédente. Une progression qui, comparée à l’an dernier, représente un bond de plus d’un dollar le litre — et de 30 ¢ par rapport au pic hebdomadaire de 2022.
Des marges en lambeaux pour les transporteurs, une facture qui s’alourdit pour les consommateurs
Les entreprises de transport, qui assurent la logistique des denrées alimentaires à travers le pays, subissent de plein fouet cette hausse. Tej Dulat, directeur aux affaires gouvernementales de la Canada Truck Operators Association, explique à CBC News que leurs marges de profit se sont réduites comme peau de chagrin depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. « Les entreprises peuvent absorber des hausses ponctuelles, mais pas une pression durable comme celle-ci », souligne-t-il. Face à l’envolée des coûts, elles n’ont d’autre choix que de répercuter la hausse sur les prix finaux.
Cette mécanique est implacable : plus le diesel coûte cher, plus le transport des marchandises devient onéreux. Dan McTeague, analyste en énergie, prévient que les Canadiens doivent s’attendre à un « hiver très, très coûteux », non seulement pour les camionneurs, mais aussi pour les compagnies aériennes, ferroviaires et, in fine, les consommateurs. Les prix du diesel sont traditionnellement plus élevés en saison froide, mais cette année, la tempête est parfaite : vagues de chaleur ayant réduit les récoltes dans plusieurs régions du globe, conflits géopolitiques et tensions sur l’offre se combinent pour exercer une pression sans précédent.
Ottawa tente un répit fiscal, mais l’inflation structurelle guette
Pour limiter l’impact à la pompe, le gouvernement de Mark Carney a annoncé début septembre le prolongement du congé de la taxe d’accise fédérale sur l’essence et le diesel jusqu’à la fin janvier 2027. Ottawa avait déjà suspendu cette taxe — 10 ¢ par litre sur l’essence ordinaire et 4 ¢ sur le diesel — en avril 2026, dans l’espoir de soulager les ménages. Mais les experts doutent que cette mesure suffise à contrer la tendance. « Ce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois », estime Evan Fraser, directeur de l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph. Selon lui, les hausses pourraient s’inscrire dans la durée, voire durer une décennie.
Les conséquences pour les Canadiens les plus vulnérables seront immédiates. Fraser craint que les prix des aliments, déjà sous tension, ne flambent davantage. « À court terme, la situation sera très difficile pour les ménages à faible revenu », avertit-il. Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, a d’ailleurs mis en garde contre le risque d’une inflation persistante si les prix de l’énergie restent élevés. Les droits de douane imposés par les États-Unis, bien que douloureux pour certains secteurs, ne devraient pas, selon lui, avoir d’impact global sur l’économie canadienne. Mais la hausse des prix de l’énergie, elle, pourrait bien contaminer l’ensemble des secteurs.
Ce qui reste à clarifier : l’ampleur exacte de la répercussion sur les étiquettes
Si les mécanismes sont désormais clairs, leur traduction concrète sur les prix à l’épicerie reste à mesurer. Les experts s’accordent à dire que l’impact sera réel, mais son ampleur dépendra de la durée de la crise géopolitique et de la capacité des transporteurs à absorber une partie des coûts. Une chose est sûre : les ménages devront composer avec une inflation supplémentaire, alors que leurs budgets sont déjà mis à rude épreuve. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si cette hausse du diesel marque le début d’une spirale inflationniste durable, ou si elle reste un choc temporaire.
Une certitude, en revanche, s’impose : le Canada n’est pas à l’abri d’une tempête parfaite, où géopolitique, climat et économie se conjuguent pour alourdir la facture des citoyens.
Envie de suivre K-Pulse ? Inscrivez-vous au lancement de la newsletter.



