Un système de compensation suspect

Au cœur du dossier, les accusations concernent principalement la gestion des temps de travail et l’octroi de congés compensatoires. Selon les documents analysés par le SSP, certains membres de la direction auraient accumulé des heures supplémentaires à des moments où ils ne travaillaient pas, dans le but explicite de s’accorder par la suite des jours de repos. Cette pratique, qualifiée de travail fictif, viserait à créer une dette de congés pour les dirigeants eux-mêmes.

Un tableau consulté par le média 20 Minutes fait apparaître, pour l’année 2023, que ces membres de la direction se seraient octroyés jusqu’à 43 jours de compensation, tandis qu’un autre aurait bénéficié de 42 jours. En convertissant ces durées en une semaine standard de cinq jours, on obtient plus de huit semaines de repos prévus pour des heures supplémentaires non réalisées ni déclarées pendant les congés.

Un climat de terreur et un management autoritaire

Au-delà des irrégularités financières, les témoignages recueillis dépeignent un environnement de travail qualifié de « toxique » et de « pesant ». Près de 130 agents de l’EDFR racontent un milieu professionnel jugé oppressant et toxique, en pointant du doigt le directeur Guido Sturny comme responsable d’un style de gestion effrayant. Ils décrivent des convocations de dernière minute à des entretiens qualifiés de « musclés » et un climat de peur qui pousserait bon nombre d’entre eux à démissionner.

Un gardien de nuit, après avoir exprimé son mal-être lors d’une confrontation face à trois membres de la direction, a depuis quitté le poste, déclarant avoir fait une dépression et s’être senti dégoûté par ses chefs. La situation est telle que des agents préfèrent désormais exercer leur métier dans d’autres cantons.

Une hémorragie du personnel et une réponse institutionnelle

La gravité de la situation se mesure également à l’ampleur des départs, qualifiée d’hémorragie par les employés. L’EDFR a enregistré 105 nouveaux contrats signés en 2025, alors que le total des effectifs s’élève à environ 193 personnes, dont quelque 130 agents de détention. Ce chiffre masque une réalité où le roulement est si important qu’il arrive que seulement deux agents soient présents la nuit au pénitencier de Bellechasse, alors qu’environ 200 personnes y sont détenues.

Face à ces accusations, le SSP a demandé l’ouverture d’une enquête administrative. Le secrétaire régional Gaétan Zurkinden a confirmé les informations du journal La Liberté, soulignant que ces allégations étaient suffisamment sérieuses pour exiger une investigation afin d’établir les faits et procéder aux corrections nécessaires. Pour sa part, la DSJS indique que la demande serait analysée et que le canton s’est engagé à examiner la situation, tout en rappelant que la sécurité de l’établissement constitue une priorité.