À Kiev, au cœur d’une ville particulièrement visée par les frappes russes qui continuent d’intensifier leur cadence, une réalité sombre se dessine pour la jeunesse ukrainienne. Là où l’on s’attendrait à voir des enfants jouer, ce sont désormais des manettes de drones FPV qui attirent leurs regards rivés sur les écrans. C’est le cas de Davyd, un jeune de dix ans dont la vie quotidienne est rythmée par ces cours d’après-école, au détriment du football ou du piano qu’il aurait pu pratiquer. Cet apprentissage n’a rien de ludique dans l’absolu ; il s’inscrit dans une guerre qui a fait évoluer les technologies à une vitesse fulgurante en quatre ans. Serhii Tkachuk, professeur de musique devenu formateur après la mort de son cousin au combat, initie ces jeunes dès 2022. Pour lui, si l’on avait offert des simulateurs dès 2014-2015, les enfants auraient eu un choix entre le terrain et le pilotage. Aujourd’hui, cette activité prend une tout autre dimension dans un pays en guerre.

Au-delà de ces cours d’initiation localisés, un vaste réseau s’étend

Au-delà de ces cours d’initiation localisés, un vaste réseau un vaste réseau s’étend depuis la région côtière orientale de la Russie jusqu’aux territoires contrôlés par Moscou en Crimée. Des écoles, des bases militaires et même des institutions religieuses servent de couverture à cette opération systématique. Depuis l’invasion de février 2022, de nombreux enfants ukrainiens ont été arrachés à leur famille pour être installés dans ces camps. Le rapport de l’université de Yale, intitulé « Les enfants volés de l’Ukraine », dresse le bilan : au moins 20 000 mineurs seraient concernés par cette politique de rééducation et de militarisation. Ces installations, dont la moitié est gérée par l’État russe, forment des enfants parfois âgés de huit ans à manipuler des armes, des grenades et à assembler des drones pour l’armée russe. Nathaniel Raymond, auteur principal de l’étude, qualifie cela de « machine inédite » conçue spécifiquement pour transformer ces enfants en Russes.

L’endoctrinement ne se limite pas à la formation technique ; il vise effacer l’identité ukrainienne. Dans les territoires occupés, l’usage de la langue ukrainienne est interdit dans les écoles au profit du programme scolaire russe, incluant désormais des manuels d’histoire falsifiés présentant l’invasion comme une riposte défensive. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a mené une enquête depuis 2022, confirmant le caractère coercitif de ces pratiques. Les parents sont soumis à une pression immense : refuser l’école russe ou ne pas demander de passeport peut entraîner la perte des droits parentaux. Pour les garçons contraints d’adopter la nationalité russe dès leur majorité, la conscription devient obligatoire à 18 ans. Parallèlement, des initiatives comme le concours de jeux vidéo « Bergola » mobilisent des milliers de jeunes pour concevoir et tester des drones, avec l’espoir que ces « cyber-combattants » évolueront vers l’assemblage d’engins réels. Ces actions violent la Convention relative aux droits de l’enfant et alimentent les procédures judiciaires en cours contre Vladimir Poutine et Maria Lvova-Belova à la Cour pénale internationale.