Le paysage médiatique israélien de septembre 2026 s’est fracturé autour d’une confrontation directe entre deux productions audiovisuelles abordant le conflit : la saison 5 de la série de fiction « Fauda » et le documentaire d’investigation « Naza ». Cette divergence narrative oppose une œuvre louée par l’exécutif à un film critiqué par certains cercles sionistes, révélant une guerre culturelle intense. Alors que Netflix lançait sa nouvelle saison le 8 septembre sur sa plateforme mondiale comptant plus de 300 millions d’abonnés, le documentaire « Naza » venait de recevoir à Venise le Prix spécial du jury après une ovation record de 24 minutes et 30 secondes.

L’écart narratif entre vengeance et silence

« Fauda », dont le titre signifie « chaos » en arabe, se concentre sur les traumatismes subis par l’État hébreu. La saison 5, diffusée depuis le 8 septembre, met en scène un massacre perpétré le 7 octobre par le Hamas, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été assassinées dans le sud d’Israël. L’intrigue se déroule principalement deux ans après cet événement, avec une focalisation marquée sur la vengeance et la douleur des acteurs israéliens. Les services de renseignement comme le Shin Bet y sont omniprésents, illustrant les méthodes d’infiltration des Mista’arvim. Paradoxalement, Gaza demeure largement hors champ durant cette période qui marque pourtant sa destruction massive, laissant une impression de silence sur l’autre souffrance.

Le miroir brutal de « Naza »

À l’inverse, le documentaire « Naza », réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, expose les mécanismes administratifs et technologiques de la guerre moderne. Les cinéastes ont interviewé 24 membres anonymes des forces armées et du renseignement israélien. Ces témoins décrivent une guerre où un civil est réduit à un numéro et où Gaza devient une « usine à cibles ». Le film aborde l’utilisation présumée de l’intelligence artificielle pour le ciblage, transformant la violence en langage bureaucratique froid. Cette approche, loin du spectacle visuel habituel, invite à réfléchir sur la responsabilité morale fragmentée au sein d’un système organisationnel.

La bataille pour l’image d’Israël

La tension entre ces deux œuvres dépasse le simple débat artistique. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a menacé les réalisateurs de « Naza » de leur retirer leur nationalité, provoquant une pétition de plus de 1 500 cinéastes en soutien à ceux-ci. En Grèce, en Roumanie et même dans des pays arabes comme le Liban ou l’Égypte, la série connaît un immense succès auprès du public. Cette divergence pose la question cruciale : lequel sert mieux Israël ? Celui qui protège son image en montrant sa souffrance unique ou celui qui ose lui montrer son miroir brutal, acceptant d’exposer ses actes pour renforcer sa survie morale ?