Une architecture sociale sous tension

Le statut BIM n’est pas une simple aide médicale ; c’est un déclencheur complexe qui ouvre droit à une multitude de droits dérivés au niveau fédéral et régional. Il permet, par exemple, d’accéder à des tarifs préférentiels pour les transports en commun comme la STIB ou l’SNCB, de bénéficier de réductions sur les factures d’énergie auprès de Vivaqua, ou encore d’obtenir une exonération partielle du précompte immobilier. Pour un ménage éligible, cela peut représenter environ 25 % de la facture annuelle d’eau prise en charge, soit un forfait fixe de 5 euros par ménage et 50 euros par personne. Cette architecture est gérée par l’INAMI au niveau fédéral, mais ses effets se font sentir dans chaque région. La répartition des bénéficiaires révèle déjà des disparités territoriales marquées : environ 30 % de la population bruxelloise en bénéficiait mi-2025, contre 25 % en Wallonie et seulement 15 % en Flandre. Ces écarts reflètent une réalité socio-économique contrastée où le statut joue un rôle crucial pour près d’un tiers des habitants de la capitale.

Le débat sur l’intégration du patrimoine

Au cœur de la polémique actuelle se trouve la question du patrimoine. Actuellement, l’éligibilité repose principalement sur les revenus disponibles déclarés chaque année avant le 1er avril. Or, selon le cabinet de Frank Vandenbroucke, une réforme visant à intégrer le patrimoine mobilier et immobilier dans le calcul pourrait rapporter entre 350 et 400 millions d’euros. L’objectif affiché est de traquer les « faux précaires », c’est-à-dire ceux qui possèdent des résidences secondaires ou un capital dormant supérieur à 60.000 euros tout en ayant des revenus imposables bas. Le gouvernement souhaite ainsi réserver l’aide aux seules personnes financièrement vulnérables. Cependant, cette approche rencontre une forte résistance de la part des mutuelles et des associations sociales. François Perl, conseiller stratégique chez Solidaris, note que si les données fiscales ont progressé, certains revenus non déclarés échappent encore au calcul, notamment en raison du secret bancaire. De plus, il existe des situations complexes, comme celle des dirigeants de sociétés de management qui se rémunèrent peu pour entrer dans le dispositif, ce que certains qualifient de fraude à la marge mais que d’autres considèrent comme une optimisation fiscale légitime.

Les risques d’une complexification administrative

Les acteurs de terrain, représentés par la Fédération des Associations Sociales et de Santé (FASS), craignent qu’un durcissement des critères ne pousse les gens à renoncer aux soins. Ils estiment que le chiffre de 21 % de bénéficiaires n’est pas une anomalie mais le miroir d’une précarité structurelle. Pour eux, complexifier l’accès en érigeant de nouveaux murs administratifs risque d’avoir des conséquences sanitaires graves. Le débat porte donc moins sur la suppression du statut lui-même que sur ses conditions d’accès et son fonctionnement. Une proposition de loi déposée le 31 mars 2026 par le groupe MR à la Chambre visait précisément à resserrer ces critères, notamment en intégrant la dimension patrimoniale sur le modèle du revenu d’intégration sociale (RIS). Toutefois, ce texte est resté bloqué début juillet 2026 suite à des incidents politiques. Parallèlement, le nouveau dispositif de soutien aux chômeurs prolongés appliqué depuis le début de l’année 2026 a provoqué une bascule massive de chômeurs vers le revenu d’intégration sociale et donc vers le BIM automatique, augmentant encore le nombre de bénéficiaires. Avec environ 919 Bruxellois ayant déjà introduit un recours contre la fin de leurs allocations chômage, la pression sur le système social ne fait que s’accroître, obligeant les décideurs à trouver un équilibre délicat entre équité sociale et soutenabilité financière.