Une alliance continentale contre le pouvoir absolu

Selon les informations disponibles ce 14 août 2026, l’UEFA, la Confédération africaine de football (CAF) et la Confédération asiatique de football (AFC) ont déposé une demande formelle auprès du Conseil de la FIFA pour réviser les statuts de l’institution. Leur cible : les articles encadrant la durée du mandat du président et les conditions de sa révocation. Une telle modification exigerait une majorité des deux tiers lors du prochain Congrès de la FIFA, prévu en mars 2027 à Los Angeles. Pour l’heure, Gianni Infantino, en poste depuis 2016 et reconduit en 2023 pour un troisième mandat, bénéficie encore du soutien de la majorité des 211 fédérations membres — un verrou que ses détracteurs espèrent faire sauter en jouant sur la lassitude et les divisions internes.

Le projet avorté de société commerciale, étincelle d’une crise larvée

Le prétexte immédiat de cette fronde ? L’échec du projet de création d’une société commerciale destinée à commercialiser les droits médias de la FIFA, un dossier révélé en juin 2026 par The Guardian et Der Spiegel. Ce projet, présenté comme une modernisation nécessaire pour diversifier les revenus du football mondial, a été perçu par ses opposants comme une manœuvre visant à contourner les règles de transparence et à renforcer le contrôle du président sur les finances du football. « Qu’on nous permette de nous étonner que la FIFA, déjà sous le feu des projecteurs pour son opacité, envisage une telle structure sans consultation préalable des confédérations », ironisait hier un membre du comité exécutif de l’UEFA sous couvert d’anonymat. Les statuts actuels limitent en effet les pouvoirs du président en matière de création de filiales, une faille que les trois confédérations veulent désormais combler — ou exploiter.

Des leviers juridiques et politiques, mais des obstacles majeurs

Pour réussir, les opposants devront surmonter plusieurs obstacles. D’abord, la procédure de modification statutaire exige un consensus large, difficile à obtenir dans un paysage footballistique mondial fragmenté. Ensuite, Infantino peut compter sur le soutien des fédérations sud-américaines (CONMEBOL) et océaniennes (OFC), traditionnellement alignées sur ses positions. Enfin, le Congrès de la FIFA, où chaque fédération dispose d’une voix, reste un théâtre où les alliances se négocient dans l’ombre — et où l’argent, via les subventions distribuées par la FIFA, pèse souvent plus lourd que les principes.

Ce que l’on ignore encore : l’étendue du soutien et les prochaines étapes

Si l’initiative des trois confédérations est confirmée, plusieurs questions restent en suspens. Quel sera le niveau de soutien des autres confédérations, notamment la CONCACAF (Amérique du Nord) et la CAF (Afrique), où les positions sont moins tranchées ? Les fédérations européennes, souvent critiques envers Infantino, parviendront-elles à fédérer au-delà de l’UEFA ? Enfin, la FIFA a-t-elle prévu des contre-mesures pour verrouiller ses statuts avant le Congrès de 2027 ? Une chose est sûre : la bataille ne fait que commencer, et son issue dépendra autant des arguments juridiques que des rapports de force politiques.

À surveiller : le calendrier et les alliances secrètes

Pour le lecteur, deux éléments méritent une attention particulière. D’abord, le calendrier : les prochaines réunions du Conseil de la FIFA, prévues en octobre et décembre 2026, pourraient révéler l’ampleur du soutien aux modifications statutaires. Ensuite, les alliances informelles : dans un milieu où les promesses de subventions et les pressions diplomatiques sont monnaie courante, les confédérations opposées à Infantino devront compter sur des soutiens inattendus pour faire basculer l’équilibre. En attendant, une certitude : le football mondial entre dans une période d’incertitude institutionnelle, où les principes de gouvernance seront mis à l’épreuve des ambitions personnelles.