Du prélèvement à la cryoconservation : un parcours étroit

L’intervention débute au moment même de l’accouchement. Sara de Oliveira, médecin-cheffe de clinique au service d’obstétrique des HUG, décrit le protocole : le sang s’extrait au niveau du cordon ombilical encore relié au placenta, demeurant alors dans l’utérus. L’opération se limite à quelques minutes et ne perturbe en rien le déroulement obstétrical. Une future mère entendue par la RTS résumait son ressenti : « J’en ai entendu parler simplement la semaine dernière, lors de ma dernière consultation. Ça demande peu d’efforts. Et tout le monde peut être impacté, avoir un enfant qui est malade ».

Or cette apparente simplicité recouvre des critères de sélection rigoureux. Tous les prélèvements ne survivent au filtre médical. Les exigences s’avèrent strictes : absence de pathologie génétique, d’infection, de complication gestationnelle ou obstétricale. Il faut aussi que la quantité de cellules souches présentes dans le sang justifie la conservation. Carine Bosshard, technicienne en analyses biomédicales, expose le mécanisme de tri : « On va compter les globules blancs totaux dans la poche. En fonction de ça, on continue la procédure, ou malheureusement on la stoppe. » Seuls 10 % des prélèvements accèdent à l’étape suivante, la cryoconservation. Ceux qui franchissent cette étape rejoignent une réserve précieuse : 2 100 poches conservées aux HUG, certaines depuis le début des années 2000.

La rareté des compatibilités : une ressource exceptionnelle

Cette accumulation de poches masque une réalité biologique sévère : les compatibilités nécessaires pour une greffe restent rarissimes. En 25 ans, une cinquantaine de patients dans le monde seulement ont pu recevoir une greffe provenant de la réserve des HUG. Jean Villard, médecin-chef du laboratoire de thérapie cellulaire et transplantation, détaille le déploiement mondial : « Les caractéristiques de ces cordons sont introduites dans un registre mondial, qui contient aujourd’hui plus de 800 000 cordons ».

Malgré cette extrême rareté, l’intérêt thérapeutique persiste. Marc Ansari, responsable de l’unité d’oncologie et hématologie pédiatrique aux HUG, souligne l’avantage biologique de ces cellules : elles possèdent « des caractéristiques qui font qu’il y aura moins de guerres entre le donneur et le receveur par rapport à d’autres types de cellules souches, par exemple si on prend dans la moelle osseuse ou en sang périphérique chez un donneur ». Bien que la greffe de cellules souches de cordon ne soit pas l’unique arme contre les cancers pédiatriques, elle offre « de bonnes chances de réussite », selon la RTS.

Lydia Spotto : quand la greffe change jusqu’au groupe sanguin

Lydia Spotto, atteinte d’une leucémie à l’âge de 11 ans, incarne cette promesse médicale. Pour elle, la greffe de cellules souches de cordon demeurait « l’option la plus envisageable et la meilleure solution pour éviter une rechute ». L’appel survient soudain : « Un jour, un peu par miracle, ils nous ont appelés pour nous annoncer qu’on pourrait faire une greffe », confie-t-elle. Son père se remémore le déroulement : « Ça a duré une douzaine de minutes, comme une transfusion ». La régénération s’opéra. Lydia va bien aujourd’hui. Mais le changement dépassa la seule guérison clinique : « Avant, j’étais du groupe B, et maintenant, je suis A », raconte la jeune Fribourgeoise. Chaque avril, lors de l’anniversaire de sa greffe, elle adresse sa gratitude aux parents donneurs. Elle exhorte les futurs géniteurs à emprunter le même chemin : un don qui peut « prolonger la vie de quelqu’un, et c’est génial de se dire ça ! ».

Un progrès inscrit dans une tendance historique

Le contexte médical global éclaire l’enjeu. En 50 ans, le taux de survie des enfants atteints de cancer s’est élevé de 60 % à près de 90 %, selon la RTS. Les cellules souches de cordon, bien qu’elles ne constituent pas la seule stratégie thérapeutique, participent à cet essor. Elles transforment un instant ordinaire de la maternité — l’expulsion du placenta — en acte de transmission potentiellement vital pour un enfant malade ailleurs, parfois des années plus tard.