Une revue mondiale redessine la carte des cancers liés au surpoids

Une équipe internationale a synthétisé 226 études scientifiques, couvrant près de 1,5 million de nouveaux cas de cancer collectés dans 23 pays. Selon les résultats publiés dans Nature Metabolism, un IMC élevé est désormais associé à 19 types de cancers, contre 13 précédemment identifiés par les grands comités d’experts. Cette mise à jour s’appuie sur des cohortes prospectives, où l’IMC est mesuré avant l’apparition de la maladie, renforçant la solidité des associations observées. Les auteurs ont standardisé les données en utilisant une hausse de 5 kg/m² comme unité de comparaison, permettant de comparer des études aux méthodologies hétérogènes. Parmi les localisations les plus concernées, le cancer de l’endomètre affiche une augmentation de risque de 58 % pour chaque tranche de 5 points d’IMC en plus, tandis que l’adénocarcinome de l’œsophage suit avec un sur-risque de 47 %. Le cancer du rein (+30 %), du foie, du pancréas et du côlon-rectum complètent cette liste élargie, qui inclut désormais aussi des leucémies, des lymphomes non hodgkiniens, des cancers de la vessie et des gliomes. Ces chiffres ne sont pas des prédictions individuelles, mais des tendances observées à l’échelle des populations, où l’excès de poids agit comme un cofacteur parmi d’autres.

Géographie et biologie : les variables qui brouillent les moyennes

L’étude révèle que l’impact de l’IMC sur le risque cancéreux n’est pas uniforme. Pour le cancer du sein postménopausique, par exemple, l’augmentation du risque relatif atteint 25 % dans les cohortes d’Asie de l’Est, contre des valeurs moindres en Europe. Ces écarts s’expliquent par des facteurs biologiques, médicaux et sociaux : usage de l’hormonothérapie, exposition aux œstrogènes, fréquence des calculs biliaires, ou encore pratiques de dépistage. Les chercheurs soulignent également que la graisse abdominale, mieux reflétée par le tour de taille que par l’IMC, joue un rôle clé dans l’inflammation chronique et les dérèglements métaboliques favorisant les tumeurs. En France, le Centre international de recherche sur le cancer estimait en 2015 que 5,4 % des cancers après 30 ans étaient attribuables au surpoids et à l’obésité, soit 18 639 nouveaux cas annuels (8 032 chez les hommes et 10 606 chez les femmes). Ces chiffres, déjà préoccupants, pourraient être revus à la hausse avec les nouvelles méthodes d’analyse, qui intègrent désormais des indicateurs comme le rapport taille-hanches pour affiner l’évaluation du risque.

Prévention : vers des stratégies moins uniformes et plus efficaces

Face à ces résultats, les auteurs appellent à une refonte des stratégies de prévention. L’IMC, bien que pratique, ne suffit plus : il doit être complété par des mesures comme le tour de taille, surtout pour identifier la graisse viscérale, particulièrement nocive. Les messages de santé publique gagneraient en efficacité s’ils intégraient ces nuances, en ciblant par exemple les populations où l’obésité progresse le plus rapidement. En France, la part de personnes obèses chez les 18-24 ans a augmenté de 5,4 % à 9,2 % entre 2012 et 2020, tandis que 34 % des enfants de 2 à 7 ans présentent déjà un excès de poids. Les chercheurs rappellent que l’activité physique, une alimentation équilibrée et la limitation des aliments très gras ou sucrés restent des leviers essentiels, avec un délai d’environ dix ans entre l’excès de poids et le diagnostic de cancer. Pour les cliniciens, cette étude souligne l’importance d’un suivi personnalisé, où le poids n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Enfin, les auteurs insistent sur la nécessité de poursuivre les recherches, notamment dans les populations sous-représentées, pour affiner encore ces estimations et adapter les politiques publiques à la réalité des risques.