Le documentaire « NAZA » a provoqué une onde de choc politique majeure en Israël après avoir reçu le Prix spécial du jury lors de la Mostra de Venise, le samedi 12 septembre 2026. Cette distinction internationale pour un film d’investigation sur les opérations militaires à Gaza a immédiatement déclenché des hostilités au sein de l’appareil gouvernemental israélien. Plusieurs responsables politiques ont réagi avec virulence face aux révélations du film, qui s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 membres des services de renseignement et de l’armée israéliens.

Une condamnation politique sans précédent par le ministère de la Culture

Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a pris une position extrêmement ferme pour condamner les cinéastes Yuval Abraham et Rachel Szor. Sur le réseau social X, il a publiquement exigé que ces derniers soient déchus de leur citoyenneté israélienne, les accusant d’avoir agi avec une « haine de soi » pour obtenir la validation des « antisémites du monde entier ». Pour Miki Zohar, ce choix artistique constitue une « trahison envers l’État ». Cette posture n’est pas isolée : le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a également fustigé les réalisateurs en les qualifiant d’embarras pour le peuple israélien. Bien que la déchéance de nationalité soit une procédure légalement possible depuis 2022 suite à une validation de la Cour suprême pour des actes de manque de « loyauté », elle reste une mesure rarement exécutée et nécessite un parcours administratif complexe impliquant les ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Les mécanismes technologiques du ciblage militaire révélés par le documentaire

L’œuvre, qui dure 80 minutes, expose des méthodes de guerre spécifiques qui ont suscité une vive polémique. Selon les témoignages recueillis par Yuval Abraham et Rachel Szor, l’armée israélienne utiliserait des outils technologiques avancés, notamment basés sur l’intelligence artificielle, pour identifier les occupants d’un logement à Gaza via leurs téléphones portables. Le documentaire explique que le titre « NAZA » est un acronyme militaire utilisé par les forces armées pour quantifier le nombre de civils qui seraient tués lors d’une frappe aérienne ciblée. Ces révélations suggèrent une planification où les victimes civiles sont identifiées avant même l’impact des bombardements, soulevant des interrogations éthiques sur la notion de dommages collatéraux. En réponse à ces accusations, les forces armées israéliennes ont publié un communiqué pour rejeter « catégoriquement » l’idée d’un ciblage massif et intentionnel de la population civile.

L’impact du film a été marqué par une ovation debout de 25 minutes lors de sa projection en avant-première à Venise, un signal fort envoyé au public international. Cette reconnaissance artistique intervient alors que le conflit à Gaza fait état de plus de 73 000 morts selon les données du ministère de la Santé du territoire. Si le gouvernement israélien s’oppose frontalement aux créateurs, le journal de gauche Haaretz a soutenu leur démarche en leur offrant un espace pour exprimer leur volonté de diffusion large sur le sol national. Cette situation met en exergue une fracture profonde au sein de la société israélienne entre les partisans d’une liberté d’expression absolue et ceux qui privilégient la sécurité nationale dans un contexte de guerre prolongée. Le passé des réalisateurs, notamment leur précédent film « No Other Land » oscarisé en 2025, souligne une trajectoire journalistique constante sur les zones sensibles du conflit.