L’Assemblée générale des Nations Unies a récemment acté une décision qui, si elle peut paraître purement technique aux yeux de certains, porte en elle une charge symbolique considérable pour la géopolitique contemporaine. Sous l’impulsion du Togo agissant pour le compte de l’Union africaine, une résolution a été adoptée afin d’intégrer une nouvelle cartographie mondiale visant à refléter les dimensions réelles du continent africain. Ce changement marque une volonté délibérée de rompre avec des conventions visuelles séculaires qui ont longtemps occulté la réalité physique de vastes territoires.

Une rupture avec l’héritage technique de Mercator

Le cœur du débat repose sur la remise en question de la projection de Mercator. Utilisée depuis plusieurs siècles, cette méthode demeure très répandue : on la retrouve dans les manuels scolaires, sur les cartes et dans de nombreux outils numériques. Elle préserve les angles ainsi que certaines propriétés utiles à la navigation, mais déforme fortement les superficies.

Plus l’on s’éloigne de la ligne de l’équateur, plus cette déformation devient flagrante : les zones situées aux hautes latitudes sont artificiellement agrandies, tandis que l’Afrique subit un rétrécissement visuel important. L’alternative proposée par les partisans du changement est la projection Equal Earth, dont l’objectif premier est une représentation fidèle et proportionnelle des surfaces continentales.

Le poids politique de la campagne #CorrectTheMap

Cette initiative s’inscrit dans le prolongement d’une dynamique déjà amorcée au niveau régional. Environ un an après qu’une résolution similaire ait été validée par l’organisation panafricaine, les États membres de l’Union africaine ont porté la campagne intitulée #CorrectTheMap sur la scène internationale. Le vote à l’ONU a donné le résultat suivant :

  • La mesure a obtenu le soutien de 164 pays.
  • Les États-Unis se sont opposés au texte.
  • Six autres nations ont choisi de s’abstenir.

Pour les promoteurs du projet, il ne s’agit pas seulement d’une correction mathématique. Ils estiment que la manière de représenter le monde peut influencer les perceptions géographiques, économiques et géopolitiques, et qu’une représentation plus fidèle pourrait avoir des effets dans l’éducation et la technologie. En modifiant le support visuel, l’idée est de rectifier la place perçue du continent dans l’imaginaire collectif global.

Une victoire symbolique portée par Lomé

Bien que cette résolution ne possède aucune force juridiquement contraignante, elle constitue une victoire symbolique pour la diplomatie togolaise et les aspirations de l’Union africaine. Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a présenté ce dossier comme un enjeu scientifique et appelé à « changer le discours » sur la représentation du continent africain. En transformant une problématique longtemps reléguée au rang de détail cartographique en un sujet de débat international, Lomé cherche à rééquilibrer la visibilité de l’Afrique face aux représentations héritées du passé.

Contexte et limites de la transition

Malgré cette adoption, le passage effectif vers une nouvelle norme mondiale reste incertain. Le dossier ne précise pas les modalités techniques par lesquelles les outils numériques mondiaux ou les instances éducatives devront intégrer ces changements de projection. Les États-Unis ont voté contre ; aucun motif n’est rapporté.