Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, a livré un diagnostic sans équivoque vendredi dernier lors d’une conférence à Bangkok. En marge des assemblées du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, il a qualifié l’intelligence artificielle de « changement le plus déterminant » pour l’économie mondiale durant sa carrière. Cette déclaration intervient dans un contexte où les marchés financiers affichent une volatilité croissante, alimentée par des investissements massifs dans ce secteur technologique.

Une double face du boom technologique

Le banquier central met en exergue le rôle moteur de l’IA dans la croissance actuelle de l’économie globale. Il souligne que l’essor de cette technologie, couplé aux flux d’investissements qu’elle génère, propulse les bourses à Wall Street comme en Asie. Toutefois, M. Warsh tempère ce tableau optimiste par une mise en garde stratégique.

Il avertit que ce boom pourrait entraîner, à court terme, une hausse des prix due à une surchauffe de la demande et des investissements excessifs. À l’inverse, il prédit un avantage considérable pour l’économie mondiale à long terme, transformant ainsi la structure même de l’activité économique réelle.

Les effets sur l’emploi et les incertitudes futures

Lors de son intervention, Kevin Warsh a insisté sur la transformation profonde que subira l’économie. Il a reconnu qu’il est impossible de prédire avec certitude les répercussions sur l’emploi au cours des douze à dix-huit prochains mois. Néanmoins, il affirme que les nations parvenant à exploiter cette technologie deviendront plus productives et généreront davantage de richesse. Cette analyse s’inscrit dans un dialogue avec Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, qui partage la préoccupation concernant les risques de stabilité financière en cas de retournement brutal des marchés.

La prudence monétaire face aux défis structurels

La position de la Fed reste prudente sur l’avenir immédiat. Kevin Warsh a précisé que personne ne possède une capacité de prévision infaillible pour les années 2027 et 2028. Il explique que le comité se penche à chaque réunion sur les données du moment, en « regardant par la fenêtre » plutôt que de suivre des modèles rigides. Ce pragmatisme contraste avec la fixation des taux d’intérêt effectuée mi-septembre, portée entre 3,75 % et 4 %, visant à contenir l’inflation tout en surveillant les nouvelles variables macroéconomiques.

Les avertissements du Fonds monétaire international

Le FMI a également exprimé ses inquiétudes cette semaine concernant le boom de l’IA. Il craint que des incertitudes sur la compréhension de la technologie ou sur la structure de marché dominante ne menacent la stabilité financière. Kevin Warsh a confirmé ces appréhensions en soulignant que les investisseurs ayant misé sur des profits risquent de buter contre la dureté du terrain économique. Le chemin semble donc semé d’embûches avant l’avènement de nouveaux avantages structurels.