Une formation d’urgence pour un contingent historique

La cérémonie d’assermentation s’est déroulée dans la salle du Conseil législatif, mieux connue sous le nom de Salon rouge, qui a retrouvé sa vocation protocolaire après près de deux ans de travaux. C’était jour d’assermentation pour les 59 élus du Parti québécois (PQ), un contingent historique qui marque un retour en force majeur pour la formation politique indépendantiste.

Le chef du parti, Paul St-Pierre Plamondon, a célébré cet événement avec émotion, affirmant avoir multiplié par vingt le nombre de députés péquistes par rapport à 2022. Cette augmentation drastique transforme radicalement l’équilibre des forces au sein de la Chambre, passant d’une opposition marginale à une présence gouvernementale significative.

Face à cette vague de nouveaux venus, dont beaucoup sont inexpérimentés en matière de vie parlementaire, le premier ministre désigné a pris des dispositions immédiates. Il a annoncé que deux figures historiques de la politique québécoise assureraient un accompagnement intensif : Pauline Marois, ancienne première ministre de 2012 à 2014, et Jean Royer, ancien directeur de cabinet de Jacques Parizeau. Leur mission est claire : offrir aux recrues un « mini MBA pour élus » afin de leur fournir les meilleurs outils possibles en ce début de mandat.

Le contenu de la formation et les enjeux du gouvernement minoritaire

La formation conjointe proposée par Mme Marois et M. Royer vise à couvrir l’ensemble des aspects essentiels de la vie politique au Québec. Selon Paul St-Pierre Plamondon, ces mentors partageront avec les nouveaux députés les meilleures pratiques, tout en mettant en garde contre les pièges à éviter.

Ils aborderont également les aspects de la vie politique qui gagneraient à être connus rapidement pour assurer une transition fluide vers le rôle d’élus. Cette initiative s’ajoute à la formation que l’Assemblée nationale dispense déjà aux nouveaux arrivants, créant ainsi un dispositif doublement renforcé.

Le contexte est toutefois complexe. Le PQ forme désormais un gouvernement minoritaire, ce qui implique des négociations constantes avec les partis d’opposition majoritaires au Salon bleu. Paul St-Pierre Plamondon a rappelé à ses troupes la nécessité de faire preuve de la plus grande humilité et de la discipline, soulignant que la victoire ne dépend pas du talent brut mais de l’éthique de travail.

Il a également promis de tendre la main aux partis d’opposition pour s’assurer qu’aucune bonne idée ne soit perdue, reconnaissant implicitement que le monopole des bonnes idées n’existe plus dans cette assemblée.

Les priorités du gouvernement et l’avenir institutionnel

Au-delà de la formation interne, le nouveau gouvernement affiche des priorités claires qui seront scrutées par les citoyens. Paul St-Pierre Plamondon a cité la réduction du coût de la vie comme une priorité absolue, suivie de l’assainissement des finances publiques, lourdement déficitaires à ce jour. Il a également promis de geler les salaires des élus et des dirigeants de sociétés d’État jusqu’au retour à l’équilibre budgétaire. Ces engagements visent à recentrer l’État sur ses missions essentielles, notamment la santé et l’éducation.

L’émotion était palpable lors de la cérémonie, où les députés ont scandé « Le Québec un pays » avant le début de la séance. Cette devise résonne fort dans un contexte où le serment au roi d’Angleterre n’est plus obligatoire depuis décembre 2022. La lieutenante-gouverneure Manon Jeanotte, représentante du roi, n’a pas été invitée à la cérémonie, marquant une volonté nette de couper les liens avec la monarchie britannique. Paul St-Pierre Plamondon devra ensuite composer son gouvernement, une opération programmée pour le 21 octobre.