Miles Davis et John Coltrane, décembre 1957 : quand deux contraires firent musique commune
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Décembre 1957 : Miles Davis et John Coltrane se retrouvent en studio et sur scène, et l’évidence saute aux oreilles — deux styles que tout oppose fabriquent ensemble une musique que ni l’un ni l’autre n’aurait signée seul. C’est ce moment précis que retient le cinquième volet de la série « Davis et Coltrane, centenaires de légende », consacrée aux deux musiciens dont les anniversaires jalonnent la saison. L’anecdote a l’air d’histoire ancienne ; elle dit pourtant quelque chose de très actuel à qui écoute encore de la musique enregistrée. Car ce que ces deux hommes ont noué là continue d’irriguer, sans qu’on le sache toujours, une part considérable du jazz que l’on entend aujourd’hui.
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Deux tempéraments que rien ne prédestinait à s’entendre
D’un côté, Miles Davis : la note choisie, le silence tenu, la trompette qui dit peu mais dit juste — un art de la soustraction, presque une élégance de moraliste français égaré à Manhattan. De l’autre, John Coltrane : le saxophone qui fouille, empile, cherche, une prolixité brûlante qui semble vouloir épuiser toutes les possibilités d’une gamme avant de passer à la suivante. Sur le papier, ces deux-là n’auraient jamais dû faire équipe. Le premier retranche, le second accumule ; l’un suggère, l’autre déclare. Et pourtant.
Décembre 1957, l’évidence d’une complémentarité
C’est en décembre 1957, rappelle le dossier, que la complémentarité des deux hommes éclate au grand jour. Non parce qu’ils se ressemblent — ils ne se ressembleront jamais — mais parce que leurs contraires s’ajustent. Le vide laissé par Davis appelle la densité de Coltrane ; l’ardeur de Coltrane se pose sur le cadre dépouillé que Davis lui tend. On songe à ces vieilles figures de la pensée chinoise, le yin et le yang, où le plein n’existe que par le creux qui l’accueille. La formule serait grandiloquente si la musique ne la validait pas.
Ce qui frappe, à la réécoute, c’est que ni l’un ni l’autre ne se dilue dans le compromis. Davis reste Davis, Coltrane reste Coltrane. La rencontre ne gomme pas les singularités : elle les fait servir à quelque chose de plus grand qu’elles.
Pourquoi ce moment compte encore
On pourrait n’y voir qu’un chapitre d’histoire du jazz, à ranger entre deux pochettes jaunies. Ce serait passer à côté de l’essentiel. Ce que Davis et Coltrane inaugurent en cet hiver 1957, c’est un modèle de collaboration où les différences ne sont pas un obstacle à niveler mais une matière à composer. À une époque où l’on confond volontiers harmonie et uniformité, il n’est pas inutile de rappeler que les plus belles pages du siècle furent écrites par des tempéraments qui n’auraient jamais dû s’entendre — et qui, précisément parce qu’ils ne s’entendaient pas, se comprirent.
Le centenaire des deux musiciens, prétexte de cette série, offre l’occasion de revenir aux enregistrements plutôt qu’aux commentaires. C’est peut-être le meilleur service qu’on puisse rendre à leur mémoire : écouter, et laisser la musique dire ce que les mots peinent toujours à formuler.
Ce que le lecteur peut faire de cet anniversaire
Les prochaines semaines verront se multiplier rétrospectives, rééditions et hommages autour des deux figures. Le conseil tient en une ligne : reprendre les disques de la période 1957 dans l’ordre, sans commentaire, avant de lire quoi que ce soit d’autre. La série « Davis et Coltrane, centenaires de légende » se poursuit ; ce cinquième volet en constitue, à sa manière, le cœur.
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