Un pari politique : intégrer la N-VA pour contenir l’extrême droite

L’analyse de Wouter Verschelden met en lumière une stratégie précise mise en place dès l’arrivée de Philippe sur le trône. L’objectif était clair : éviter que la N-VA, perçue comme plus modérée, ne se rapproche dangereusement du Vlaams Belang, parti jugé plus radical par les élites traditionnelles. La théorie du « pare-feu » consistait à intégrer cette formation au gouvernement fédéral pour l’amener à participer au fonctionnement de l’État et, potentiellement, à faire évoluer ses positions vers une plus grande modération.

Selon le journaliste, ce pari a été porté par un entourage royal connaissant bien les nuances du mouvement flamand. La victoire électorale de la N-VA en 2024, avec Bart De Wever devenu Premier ministre, est venue conforter cette approche. Le roi espérait que l’occupation de la « forteresse fédérale » permettrait d’imposer des orientations nationales, notamment sur des dossiers sensibles comme le dossier d’Euroclear ou les avoirs russes gelés.

Cependant, Wouter Verschelden nuance ce constat en reconnaissant lui-même les limites de cette transformation : « Est-ce que ça veut dire que Bart De Wever deviendra un bon belge ? Entre guillemets, je ne sais pas. C’est un peu peut-être naïf de le dire ». Le parti pourrait tout aussi bien utiliser sa position centrale pour réaliser ses propres objectifs nationalistes, sans abandonner ses convictions initiales.

L’ambiguïté d’une stratégie de transformation

La tentative de « belgisation » repose sur l’idée que la participation au gouvernement fédéral agit comme un catalyseur de modération, transformant progressivement les convictions nationalistes en engagement patriotique. Cependant, cette évolution reste hypothétique car le parti pourrait tout aussi bien utiliser sa position centrale pour imposer ses propres orientations nationales plutôt que d’abandonner ses convictions initiales. Le roi espérait ainsi que l’occupation de la « forteresse fédérale » permettrait d’imposer des orientations nationales sur des dossiers sensibles, mais rien ne garantit que cette intégration modifie durablement l’identité politique du mouvement.

Les limites de ce pari apparaissent clairement dans les réticences exprimées par le journaliste lui-même, qui qualifie l’idée d’une transformation automatique de naïveté. L’entourage royal a cherché à influencer les équilibres politiques en favorisant l’intégration de la formation au pouvoir, mais cette approche ne garantit pas une évolution des positions. La stratégie s’est heurtée à une réalité complexe où le parti défend aussi l’idée d’occuper le niveau de pouvoir central pour y imposer ses propres vues, créant ainsi une ambiguïté fondamentale sur les résultats attendus de cette politique royale.