Pot de départ expédié en trois phrases : la petite lâcheté managériale que raconte Cerise
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« Bon vent ! » Trois syllabes lâchées comme on referme une porte, en guise de discours d’adieu. C’est le pot de départ que décrit Cerise, 52 ans, responsable de filière dans une école d’ingénieurs, dans un témoignage recueilli par la collection 10/18. Son directeur, contraint par l’usage à quelques mots, l’aurait à peine regardée. L’anecdote pourrait sembler mince ; elle ne l’est pas. Elle raconte un rite d’entreprise vidé de sa substance, et ce moment précis où l’on comprend que l’on n’a jamais tout à fait compté.
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Un rite social devenu formalité gênée
Le pot de départ appartient à cette liturgie feutrée du monde du travail : un gobelet, quelques collègues, un supérieur qui prend la parole et retrace, même maladroitement, ce que la personne a apporté. Ce n’est pas un luxe ; c’est la reconnaissance minimale que l’institution doit à celles et ceux qu’elle a employés. Lorsque Cerise raconte que son directeur « fait un discours » parce que « sa fonction l’oblige » — et qu’il la regarde à peine —, elle décrit exactement l’inverse : un rituel subi, exécuté à contrecœur, où la forme trahit le fond.
« Bon vent ! » : la formule, si l’on veut bien s’y arrêter, tient à la fois du congé marin et du soulagement mal dissimulé. Elle expédie plus qu’elle ne salue.
Ce que dit ce témoignage, ce qu’il ne dit pas
Qu’on nous permette une prudence de méthode : nous ne connaissons pas la version du directeur mis en cause, ni le contexte précis du départ de Cerise — démission, fin de contrat, réorganisation. Le témoignage recueilli par 10/18 est celui d’une salariée, livré à la première personne. Il n’établit pas un manquement professionnel ; il documente une expérience vécue et une blessure symbolique.
Mais cette expérience, précisément, mérite d’être prise au sérieux. Parce qu’elle n’est manifestement pas isolée : la collection « Bon vent ! » s’est bâtie sur l’accumulation de récits semblables, où le départ d’un collaborateur se solde par une gêne collective plutôt que par une gratitude articulée. Il y a là un motif, sinon une tendance.
L’humiliation ordinaire des cadres invisibles
Cerise a 52 ans. Elle est cadre. Elle dirigeait une filière dans une école d’ingénieurs — autant dire qu’elle formait des générations d’étudiants et coordonnait des équipes enseignantes. Ce profil, la France en compte des dizaines de milliers : compétents, discrets, indispensables au fonctionnement quotidien des institutions, et rendus étrangement invisibles au moment de partir. On les remercie mal parce qu’on ne sait plus très bien ce qu’ils faisaient — ou parce qu’on préfère ne pas s’en souvenir.
Le management contemporain adore parler de « reconnaissance », d’« engagement », de « marque employeur ». Il peine, sur le terrain, à improviser trois phrases sincères devant un buffet.
Ce que ce petit fait social change pour vous
À ceux qui dirigent une équipe, ce témoignage tend un miroir simple : le pot de départ n’est pas une corvée protocolaire, c’est le dernier signal envoyé à celles et ceux qui restent. Un discours bâclé se lit comme une promesse : voilà comment vous serez traités le jour venu. À ceux qui partent, il rappelle qu’un adieu raté n’efface pas ce que l’on a construit — seulement la capacité d’une institution à le nommer. C’est elle, au fond, que « Bon vent ! » condamne, davantage que Cerise.
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