Propagande sur mesure : quand chaque public reçoit sa propre version du réel
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Le Conseil de l’Europe l’a posé noir sur blanc cet été : un chatbot généraliste, un compagnon IA et une application de santé ou de bien-être ne présentent pas les mêmes risques et n’appellent pas les mêmes garde-fous. Derrière cette taxonomie apparemment technique se joue une question politique : à mesure que ces outils s’adressent à chacun dans sa langue, son humeur et ses préférences, la même actualité peut être racontée différemment à chaque utilisateur. Le lecteur est concerné directement, car il est désormais possible qu’un voisin, un collègue ou un adolescent reçoive, sur le même événement, un récit calibré pour lui — et pour lui seul. L’enjeu n’est pas théorique : il touche la formation de l’opinion, la confiance dans l’information et la protection des plus jeunes.
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Trois familles d’IA, trois niveaux de vigilance
La distinction posée par le Conseil de l’Europe mérite qu’on s’y attarde. Un chatbot généraliste répond à tout et à rien ; un compagnon IA installe une relation, parfois quotidienne, souvent affective ; une application spécialisée de santé ou de bien-être intervient sur un terrain intime, celui du corps et du moral. Le Conseil de l’Europe considère que ces trois usages ne comportent pas les mêmes risques et n’appellent donc pas les mêmes protections. On aimerait que cette évidence fût partagée par tous les concepteurs ; elle ne l’est pas encore.
Pour le lecteur, la conséquence est simple : le même bandeau « propulsé par l’IA » recouvre aujourd’hui des objets très différents, du moteur de réponses au confident numérique. C’est précisément ce que l’institution demande de corriger.
Ce que réclame le Conseil de l’Europe pour les jeunes
Ses travaux consacrés aux jeunes utilisateurs formulent trois exigences claires : une signalétique plus lisible, des mécanismes de responsabilité, et une protection adaptée à l’âge et à la vulnérabilité. Traduit en langage courant : savoir à qui — ou à quoi — l’on parle, savoir qui répond en cas de dérive, et ne pas exposer un adolescent au même service qu’un adulte averti.
Qu’on nous permette de nous étonner qu’il ait fallu attendre 2026 pour énoncer des principes que le bon sens suggérait dès l’apparition de ces outils. Mais l’énoncé public d’une règle, même tardif, vaut mieux que sa rumeur.
Le point de bascule : la personnalisation comme vecteur
C’est ici que l’angle « propagande personnalisée » prend son sens. Les règles européennes de transparence, rappelle le Conseil de l’Europe, visent la tromperie, l’usurpation et la désinformation. Trois mots, trois portes d’entrée : un contenu qui trompe sur sa nature, une identité qui se fait passer pour une autre, un récit qui déforme les faits. Appliquez cela à un outil qui connaît vos centres d’intérêt, votre vocabulaire et vos heures d’insomnie, et vous comprenez pourquoi la question n’est plus seulement celle du faux, mais celle du faux ajusté.
La manipulation de masse d’hier supposait un message unique diffusé à tous ; la manipulation d’aujourd’hui peut, techniquement, servir à chacun une version acceptable pour lui. Ce n’est pas une prédiction : c’est la raison pour laquelle la transparence est inscrite dans le droit européen.
Signaux à repérer, réglages à connaître
Sans poser aucun diagnostic — ni médical, ni psychologique —, quelques signaux méritent l’attention de l’utilisateur adulte comme du parent :
- l’absence d’indication claire sur la nature du service (généraliste, compagnon, spécialisé) ;
- l’absence de voie de recours identifiable en cas de contenu problématique ;
- un service qui s’adresse à un mineur sans réglage d’âge ni protection dédiée ;
- un ton ou un contenu qui semble étrangement ajusté à vos convictions préalables.
Ce que cela change concrètement ? Vérifier la signalétique avant l’usage prolongé, préférer les services qui affichent leurs mécanismes de responsabilité, et rappeler aux plus jeunes qu’un compagnon IA n’est ni un ami, ni un soignant.
Ce qui reste à documenter
Le Conseil de l’Europe trace un cadre ; il ne dit pas encore comment sera contrôlée, service par service, l’application effective de ces principes. C’est le point à surveiller dans les mois qui viennent : la signalétique promise sera-t-elle lisible par un adolescent pressé, ou rédigée pour les juristes qui l’auront écrite ? La réponse dira si la règle protège, ou si elle décore.
Source : Conseil de l’Europe — https://www.coe.int/fr/web/human-rights-and-biomedicine/-/evaluating-the-ethical-and-human-rights-implications-of-chatbots
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