Ce que dit la CNIL, et ce que cela implique pour vos photos

La position rappelée par la CNIL tient en une phrase : un système d’IA n’échappe pas au RGPD. Les droits classiques — information, accès, opposition, effacement — s’appliquent aussi lorsque des visages servent à entraîner ou à interroger un modèle. Pour l’utilisateur, cela signifie que la question n’est pas seulement « où sont mes photos ? », mais « qui les collecte, pour combien de temps, pour quel usage, et comment m’y opposer ? ». C’est cette grille de lecture, promue par le régulateur, qui doit guider le ménage numérique.

Cinq vérifications à mener sur vos images en ligne

Les recommandations de la CNIL se déclinent, côté particulier, en une série de contrôles concrets. À chaque photo publique, on peut se poser les mêmes questions :

  • Collecte : ai-je choisi de rendre cette image publique, ou l’est-elle devenue par défaut ? Un profil ouvert, une galerie associative indexée par les moteurs, une photo de groupe partagée sans réglage : autant de portes d’entrée pour des aspirateurs automatisés.
  • Conservation : depuis combien de temps cette image traîne-t-elle en ligne ? Les vieux comptes oubliés — forums, anciens réseaux, sites de sport ou de scolarité — constituent le gisement le plus commode pour qui construit une base de visages.
  • Réutilisation : les conditions du service que j’utilise autorisent-elles la reprise de mes photos à des fins d’entraînement d’IA ? La CNIL insiste sur l’information due à la personne ; à défaut de clarté, la prudence commande de restreindre la visibilité.
  • Suppression : quand un compte n’est plus utilisé, il faut le fermer, pas seulement l’abandonner. Un profil dormant reste indexable.
  • Opposition : le RGPD ouvre un droit d’opposition et un droit à l’effacement, y compris auprès d’acteurs qui exploitent des images publiques. Encore faut-il les exercer, service par service.

Ce que le régulateur ne fait pas à votre place

Il faut le dire nettement : la CNIL édicte un cadre, elle ne règle pas vos paramètres. Ses ressources décrivent les principes — licéité, minimisation, information, droits des personnes — mais l’arbitrage quotidien entre visibilité sociale et exposition biométrique revient à chacun. On aimerait qu’un interrupteur central permît de retirer son visage de tous les modèles du marché ; ce bouton n’existe pas, et prétendre le contraire serait mentir au lecteur. Reste la méthode : inventorier, restreindre, supprimer, et, lorsque c’est possible, écrire aux responsables de traitement pour faire valoir ses droits.

Ce qui reste incertain

Le périmètre exact des bases constituées par les acteurs privés de la reconnaissance faciale demeure, pour l’essentiel, opaque. La CNIL agit dans son champ, celui du droit européen ; l’effectivité des demandes d’effacement dépend, elle, de la coopération des opérateurs et de leur localisation. Le lecteur avisé surveillera, dans les mois qui viennent, les décisions publiques du régulateur sur ces sujets, et traitera d’ici là ses photos anciennes avec la même attention qu’un document administratif : on ne laisse pas ses papiers sur un banc public.

Source : CNIL — https://www.cnil.fr/fr/particulier-intelligence-artificielle-ia