Une réduction structurelle et une nouvelle organisation géographique

La mesure la plus lourde de ce nouveau texte réside dans la limitation du nombre d’organismes reconnus. Actuellement, douze médias de proximité opèrent sur le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La réforme impose désormais un plafond strict à huit structures maximum. Ces entités devront s’organiser autour de six pôles géographiques stratégiques. Cette réorganisation territoriale prévoit une structure unique pour Bruxelles et le Brabant wallon, une autre pour Namur et Luxembourg, tandis que les provinces de Liège et du Hainaut pourront conserver deux médias chacune.

Une nuance importante par rapport aux versions précédentes : huit devient un maximum, permettant théoriquement le maintien de plusieurs chaînes ou marques locales au sein d’une même structure juridique.

Un soutien financier maintenu malgré la fusion

Pour accompagner cette mutation profonde, le texte prévoit un accompagnement technique et financier substantiel. Un soutien financier pouvant atteindre 1,2 million d’euros est prévu pour aider techniquement les structures fusionnées. Ce montant s’ajoute à des dispositions visant à simplifier l’administration : les frais de présence sur la plateforme Auvio sont supprimés et le Réseau des Médias de Proximité demeure soutenu financièrement.

Par ailleurs, en réponse aux critiques du Conseil d’État concernant le pluralisme, la non-indexation de la dotation a été retirée du décret, tout comme la diminution progressive des moyens APE qui était envisagée précédemment.

Des craintes persistantes sur l’avenir de la proximité

Malgré ces garanties financières et organisationnelles, les acteurs du secteur expriment une grande prudence. Viviane Dumont, directrice de Télésambre, déplore que certaines questions essentielles restent sans réponse : comment seront répartis les budgets ? Qui dirigera le futur pôle ? Comment préserver les équipes et leur connaissance du terrain ? Laurent Constantiello, directeur de Matélé, craint que la centralisation ne coûte plus cher et fasse perdre en proximité.

Il souligne que depuis bientôt cinquante ans, ces médias avancent main dans la main avec leurs partenaires. Avant son passage devant l’assemblée législative au cours des mois à venir, les professionnels disposeront d’un délai jusqu’au début 2031 pour définir leurs fusions et coopérations souhaitées.

La tension entre centralisation et ancrage territorial

La réforme impose une restructuration profonde où la logique de regroupement autour de six pôles stratégiques s’oppose aux craintes d’une perte de proximité. Si le maintien de plusieurs chaînes au sein d’une même structure juridique est théoriquement possible, les acteurs redoutent que la centralisation des fonctions ne rende l’information moins vivante et plus coûteuse à produire. La préservation du lien de confiance avec les citoyens devient alors un enjeu majeur face aux nouvelles modalités de sélection des futurs médias.

L’incertitude persistante sur les critères de gouvernance

Malgré le soutien financier maintenu pour accompagner la mutation technique, les questions essentielles restent sans réponse et paralysent la réflexion des acteurs du secteur. La répartition des budgets, l’identité des futurs directeurs de pôle ainsi que les règles précises de sélection demeurent inconnues. Cette absence de détails tangibles sur le déroulement des concours et la pondération des critères empêche toute projection concrète sur la manière dont les équipes actuelles seront préservées ou restructurées à l’horizon 2031.