La ville d’Arles s’anime pour la 57e édition des Rencontres de la photographie, un rendez-vous majeur qui se prolonge jusqu’au 4 octobre 2026. Cette année, le festival déploie une programmation dense comprenant une cinquantaine d’expositions réparties dans divers lieux emblématiques du territoire. Sous le thème « Des mondes à relire », l’événement s’attache à interroger les identités et les récits historiques tout en explorant la diversité des représentations du vivant, entre archives précieuses et expérimentations artistiques contemporaines.

L’héritage de Harry Gruyaert et le génie créatif de Christian Lacroix

À la Chapelle Saint-Martin du Méjan, les visiteurs peuvent découvrir l’œuvre de Harry Gruyaert. Le photographe belge, né à Anvers en 1941, occupe une place historique dans l’évolution du médium : il fut parmi les pionniers européens à exploiter le potentiel esthétique de la couleur alors que cette technique était majoritairement confinée au domaine publicitaire. Sa démarche artistique se distingue par un usage audacieux des jeux d’ombres et des teintes vives, notamment le vert et l’orange, pour capturer les géométries du quotidien.

Parallèlement, le musée Réattu rend hommage à une figure locale de la haute couture : Christian Lacroix. Cette exposition offre une perspective singulière sur le couturier en exposant sa collection personnelle mêlée aux œuvres permanentes de l’institution. Au-delà des podiums habituels, le public découvre le processus créatif brut du designer à travers des dessins, des peintures et des collages. L’enjeu ici est de mettre en lumière la virtuosité technique et les travaux préparatoires souvent occultés des grands couturiers.

Des récits documentaires entre New York et l’Afrique de l’Ouest

L’Espace Van Gogh propose une immersion dans le travail de Martine Barrat. Cette photographe française, dont le parcours est marqué par son passé d’ancienne danseuse au sein des gangs du South Bronx, livre un témoignage visuel poignant sur ses sujets variés : membres de bandes new-yorkaises, résidents du quartier parisien de la Goutte-d’Or ou encore mannequins pour la mode. Son regard saisit l’essence brute de ces réalités urbaines et humaines.

Une autre facette documentaire majeure se déroule au Palais de l’Archevêché avec l’exposition « Ghana ! Rêver l’indépendance 1957-1976 ». Ce projet explore la construction du récit national ghanéen durant la période suivant la fin de la colonisation britannique. Les clichés retracent les espoirs et les obstacles d’une nation cherchant son identité, proposant une plongée historique inédite sur cette transition politique.

Une approche picturale par le cinéma sud-coréen

Enfin, l’événement accueille une exposition dédiée au réalisateur Park Chan-wook. Bien que célèbre pour ses œuvres cinématographiques, il livre ici un regard plus intime et contemplatif. Ses photographies, présentées comme des compositions picturales, se rapprochent de véritables œuvres d’art par leur poésie et leur esthétique soignée.

Bien que la programmation soit vaste, ces cinq étapes permettent de saisir l’équilibre entre hommage aux figures établies et exploration de récits documentaires profonds.