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Réseaux sociaux et mineurs : Sophie Jehel plaide pour cibler les discours de haine plutôt qu’interdire l’accès

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Réseaux sociaux et mineurs : Sophie Jehel plaide pour cibler les discours de haine plutôt qu’interdire l’accès
Illustration générée par IA — ne représente pas la scène réelle.

C’est par une tribune publiée dans Le Monde que Sophie Jehel, professeure à l’université Paris-VIII, remet ce lundi la question de la protection des mineurs en ligne sur la table. Son argument tient en une bascule : puisqu’une interdiction générale d’accès aux réseaux socionumériques serait, selon elle, anticonstitutionnelle, c’est aux discours de haine qu’il faut s’attaquer en priorité. La thèse mérite l’attention parce qu’elle touche des millions de familles françaises et parce qu’elle déplace le débat public, jusqu’ici tenté par la solution radicale de la porte fermée, vers celui du contenu qui circule derrière la porte.

Pour tout parent, tout éducateur, tout législateur, la distinction n’est pas anodine : elle change la nature même des obligations que l’on peut imposer aux plateformes.

Une tribune qui refuse la fausse évidence de l’interdiction

L’idée d’interdire purement et simplement l’accès des mineurs aux grandes plateformes revient périodiquement dans le débat français. Sophie Jehel, dans sa tribune au Monde, oppose à cette tentation un obstacle juridique : une telle mesure serait, selon elle, anticonstitutionnelle. L’universitaire ne se contente pas de l’argument de droit ; elle rappelle que les réseaux socionumériques constituent aujourd’hui la première source d’information des jeunes et une modalité concrète d’exercice de leurs droits culturels fondamentaux. Couper l’accès reviendrait donc à priver une génération d’un espace devenu structurant, non à la protéger.

Le déplacement : du contenant au contenu

Si la porte doit rester ouverte, encore faut-il que ce qui y transite ne soit pas toxique. C’est là que la chercheuse propose un déplacement : cibler les discours de haine plutôt que l’accès lui-même. La logique est celle d’une régulation par le contenu, qui préserve la liberté d’usage tout en imposant aux plateformes une responsabilité accrue sur ce qu’elles laissent circuler. La tribune, telle qu’elle est publiée dans Le Monde, s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la manière dont les États peuvent agir sans recourir à la mesure spectaculaire mais fragile de l’interdiction générale.

Ce que le débat public gagnerait à préciser

Qu’on nous permette de le remarquer : la conversation française sur les mineurs et les écrans oscille souvent entre panique et laisser-faire, deux postures également confortables parce qu’elles dispensent d’entrer dans le détail. La tribune de Sophie Jehel a le mérite de renvoyer chacun à ses responsabilités techniques et juridiques : quels discours précisément visés, quels mécanismes de modération, quels contrôles publics, quels recours pour les usagers ? Autant de questions que la tribune ouvre sans les épuiser, et sur lesquelles le contexte disponible ce jour ne livre pas davantage de détails.

Ce qu’il faut retenir, en revanche, est clair : le débat sur la protection des mineurs en ligne ne se réduit pas à un bouton on/off. Il engage une conception des droits des jeunes — s’informer, participer à la culture commune — que l’on ne saurait sacrifier au prétexte de les mettre à l’abri.

À surveiller dans les prochaines semaines

La tribune arrive dans un contexte où plusieurs pays européens s’interrogent sur des restrictions d’âge. Le lecteur attentif aura intérêt à observer si le gouvernement ou le Parlement reprennent la distinction proposée par Sophie Jehel — réguler les contenus haineux plutôt qu’interdire l’accès — ou s’ils persistent dans la voie de restrictions par l’âge, plus visibles politiquement mais juridiquement plus exposées. Le sort concret des adolescents et de leurs familles se jouera dans ce choix.

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