L’économiste Touati contre l’image du président banquier

Marc Touati, économiste et conseiller chez e-Toro, n’a pas épargné Emmanuel Macron lors de son passage sur CNews. Pour lui, l’ancien banquier devenu président n’a rien d’un prodige de la finance. Pire : il estime que Macron a fait « encore pire » que François Hollande en matière de gestion économique. Cette attaque frontale s’appuie sur des données précises, extraites de ses propres analyses. Selon lui, depuis 2017, la dette publique française aurait augmenté de 1 280 milliards d’euros, tandis que le PIB, inflation comprise, n’aurait progressé que de 770 milliards. Un écart de 510 milliards d’euros, qualifié de « dette inefficace » par l’économiste, car elle ne se traduit pas par une création de richesse équivalente. Touati rejette toute excuse liée à la crise sanitaire, soulignant que la dégradation des finances publiques a commencé bien avant la pandémie.

L’économiste pointe également du doigt l’absence de volonté politique pour réduire les dépenses publiques. Une logique de « fuite en avant permanente », selon ses termes, qui a conduit la France à figurer parmi les pays les plus endettés de la zone euro. Le déficit public, estimé à 5,1 % du PIB, serait même l’un des pires de la région, un constat qui contraste avec les annonces optimistes du gouvernement. Ces chiffres, bien que contestés par certains, reflètent une réalité que Touati juge alarmante : la France paie aujourd’hui le prix d’une gestion hasardeuse, où les promesses de réindustrialisation et de maîtrise des dépenses n’ont jamais été tenues.

Des dépenses de fonctionnement en pleine dérive

Au-delà de la dette, Marc Touati s’attaque aux dépenses de fonctionnement de l’État, qu’il qualifie de « mal allouées ». Selon ses calculs, ces dépenses ont bondi de 24 % depuis 2021, soit une augmentation de 106 milliards d’euros. Une hausse qu’il attribue à une gestion inefficace, loin des besoins sociaux ou économiques réels. Il dénonce un gaspillage massif des deniers publics, où les frais de fonctionnement de l’État ont pris le pas sur les investissements productifs.

Les conséquences de cette dérive sont multiples. D’abord, une inflation galopante, alimentée par des dépenses publiques mal maîtrisées. Ensuite, une charge de la dette qui explose : les intérêts à rembourser ont déjà coûté 65 milliards d’euros l’an dernier, et pourraient atteindre 70 milliards cette année, avec des taux d’intérêt désormais à 4 %. Une situation que Touati compare à celle de la Grèce avant sa crise, où l’accumulation de dettes indexées sur l’inflation avait précipité l’effondrement. Pour lui, la France est aujourd’hui « au bord d’une crise financière historique », un avertissement qu’il martèle depuis des mois.

Un gouvernement sous pression face à l’urgence budgétaire

Le diagnostic de Marc Touati tombe à pic, alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu tente désespérément de boucler un budget 2027 déjà fragilisé. Le Premier ministre a demandé aux membres de l’exécutif de réaliser 30 milliards d’économies, un chiffre qui semble dérisoire au regard des 500 milliards d’euros que Touati estime avoir été « gaspillés » depuis 2017. Une somme qui, selon lui, a « disparu du circuit économique », sans créer de richesse ni d’emplois durables.

Cette situation a déjà provoqué une crise politique. À gauche, les partis de Mélenchon, du PS et des écologistes menacent de censurer le gouvernement, tandis que le RN, bien que moins catégorique, ne s’interdit aucune option. Le risque ? Un blocage institutionnel qui aggraverait encore la crise. Face à cette impasse, Touati appelle à des décisions radicales : baisser les dépenses de fonctionnement, limiter les impôts et surtout, anticiper les crises plutôt que de les subir. « On n’a plus les moyens de payer », a-t-il lancé, résumant l’urgence à laquelle la France est confrontée. Une urgence que le gouvernement, malgré ses efforts, peine à prendre au sérieux.