Une veillée un an jour pour jour après la mort de l’adolescent

La date est celle du drame, au jour près. Le 21 septembre 2025, Nooran Rezayi, 15 ans, était abattu par un policier lors d’une intervention dans un quartier résidentiel de l’arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil, selon ledevoir.com. Un an plus tard, ses proches lui rendent hommage lundi soir : le rassemblement est prévu en fin de journée devant les locaux de la police locale, avant que les participants ne marchent jusqu’à l’endroit où l’adolescent a été tué, rapporte ledevoir.com. La famille a invité le public à se joindre à elle.

Ce rassemblement intervient alors que les questions posées dès les premiers jours restent, pour l’essentiel, sans réponse. Me Fernando Belton, avocat de la famille Rezayi, a énuméré ces interrogations en entrevue à l’émission Première ligne, sur ICI RDI : « Pourquoi Nooran est-il décédé ? Pourquoi les policiers qui répondaient à l’appel ont-ils tiré si rapidement ? Pourquoi l’intervention de la police s’est-elle déroulée de cette façon ? ». Selon lui, ces questions se posaient déjà peu après la mort de l’adolescent et aucune n’a encore obtenu de réponse.

Une intervention de moins de dix secondes et une seule arme retrouvée

Les faits établis à ce jour dessinent une séquence très brève. Le 21 septembre 2025, en après-midi, un appel au 911 signale « la présence d’un groupe de jeunes masqués et armés dans un quartier résidentiel », selon la matière retenue de Radio-Canada. Des agents du SPAL sont dépêchés sur les lieux et, peu après leur arrivée, l’un d’eux ouvre le feu à deux reprises sur Nooran Rezayi. Selon des enregistrements vidéo produits par la défense des proches, moins de dix secondes séparent l’arrêt du véhicule de patrouille des tirs de l’agent, survenus juste après ses sommations. La mort a été constatée à l’hôpital, une trentaine de minutes après que le jeune homme eut été atteint par balle, d’après les notes transmises aux policiers de Longueuil par la centrale 911.

Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), saisi parce qu’une personne avait perdu la vie lors d’une intervention policière, a rapidement « confirmé que la seule arme à feu découverte sur les lieux était l’arme de service d’un policier ». À ce jour, aucune accusation n’a été déposée contre l’agent qui a tiré. Le BEI a remis son rapport au DPCP en mars, mais celui-ci n’était pas complet ; les procureurs n’ont reçu les deux dernières expertises qu’à la fin du mois de juillet, selon Radio-Canada. Ugo Gilbert Tremblay, professeur de droit à l’Université de Montréal, estime que les délais ne sont pas anormaux pour le monde judiciaire, tout en reconnaissant que l’attente peut être éprouvante pour les proches — une difficulté que le DPCP dit comprendre dans une communication écrite.

Identité du policier : une demande contestée devant la cour

C’est un autre front, judiciaire celui-là, qui cristallise l’attente de la famille. À la fin août, les parents de la victime ont annoncé qu’ils allaient présenter une demande à la Cour supérieure pour « connaître l’identité du policier qui a fait feu sur leur fils et celle de son coéquipier », selon Radio-Canada. L’avocat de la famille précise que l’audience sur cette requête se tiendra au début du mois d’octobre. Il soutient qu’aucun enjeu de sécurité ne justifie le secret actuel et que la publicité des débats est un principe fondamental de la démocratie.

Cette initiative suscite l’opposition de la municipalité de Longueuil, qui fait valoir que révéler ce nom exposerait le fonctionnaire à de graves représailles physiques. Un contrat pour son assassinat a été rendu public sur Instagram trois jours après l’opération policière, selon lapresse.ca. La requête civile déposée dans ce dossier fait état d’une publication d’un adolescent, mineur donc non identifiable, qui affirmait mettre 2000 $ sur la tête de l’agent apparaissant sur une photo ; l’intéressé a depuis été déclaré coupable de harcèlement criminel. Le policier ciblé et sa famille ont été placés sous un plan de protection spécial par le SPAL et ont dû temporairement résider dans une habitation sous surveillance. Le Procureur général du Québec conteste lui aussi la demande, au nom du BEI, pour des raisons touchant l’enquête. En cas de refus d’inculpation par le DPCP, l’administration municipale souhaite que l’anonymat soit maintenu durant un mois supplémentaire afin d’évaluer la sûreté des agents.

Une poursuite civile de 2,2 millions et des procédures suspendues

En décembre 2025, la famille Rezayi a intenté une poursuite civile visant la Ville de Longueuil et les policiers impliqués dans l’intervention. Dans cette procédure, six proches du défunt dénoncent des manquements lors de l’opération et réclament la somme de 2,2 millions de dollars au titre des préjudices subis, selon Radio-Canada et ledevoir.com. En parallèle, le Service de police de la Ville de Montréal, chargé d’enquêter sur les événements ayant précédé la mort de Nooran Rezayi, a arrêté le 30 juin onze jeunes qui étaient présents sur les lieux ; tous étaient mineurs au moment des faits. En août, le DPCP a annoncé la suspension des procédures contre ces onze adolescents, âgés de 13 à 17 ans, en raison de nouveaux éléments et d’une question juridique complexe, selon ledevoir.com. Un arrêt temporaire ne signifie pas un abandon : les accusations restent susceptibles d’être reprises durant les douze mois qui suivent cette décision.

Par ailleurs, le gouvernement provincial a lancé au début de l’été une procédure de contrôle sur la gestion de cette crise par les forces de l’ordre locales, répondant ainsi à une interpellation de la mairesse Catherine Fournier. Quelques mois auparavant, le BEI avait d’ailleurs signalé, par voie de correspondance, divers manquements présumés aux obligations légales et réglementaires du SPAL durant les heures ayant suivi le décès. Dans un communiqué diffusé lundi, les avocats de la famille ont déploré que celle-ci soit « maintenue dans le néant » et que ses demandes d’informations soient contestées devant la cour, jugeant un tel manque d’information propre à rendre le deuil insurmontable. Quelle que soit la décision du DPCP, ses conséquences seront lourdes : des accusations entraîneraient la divulgation de l’identité du policier, un refus devrait être justifié de manière solide, rappelle Ugo Gilbert Tremblay. C’est cette échéance, plus que la veillée, que guettent désormais les proches.