Au lendemain des révélations publiées par Mediapart concernant Jordan Bardella, le président du Rassemblement national (RN) et sa candidate présidentielle Marine Le Pen ont immédiatement déployé une stratégie de contre-attaque politique. Cette initiative intervient précisément un jour après la diffusion des écrits datant de 2013, lesquels sont qualifiés par le média d’investigation de « violence sidérante » au sein du parti d’extrême-droite. Face à ces accusations remontant à plus d’une décennie, Jordan Bardella a choisi de nier formellement les faits, les qualifiant de « faux grossiers ». Il a également annoncé le dépôt de plusieurs plaintes judiciaires, notamment en diffamation et pour faux et usage de faux, sous réserve que des éléments écrits précis soient rendus publics. Cette posture défensive s’inscrit dans un contexte où le parti tente de maintenir son électorat face à une enquête qui pourrait avoir des répercussions majeures sur sa crédibilité politique avant l’élection présidentielle.

Mediapart détaille son enquête comme le fruit de plusieurs mois

Mediapart détaille son enquête comme le fruit de plusieurs mois de travail, reposant sur l’analyse de mails et de conversations privées échangées sur des plateformes numériques telles que Facebook et Messenger. Fabrice Arfi, co-responsable du pôle enquêtes de la rédaction, a insisté sur la rigueur méthodologique mise en œuvre, affirmant : « On ne va pas mettre la réputation du journal en jeu sur des informations aussi sensibles, si nous ne sommes pas sûrs à 200 % ». Il a par ailleurs promis que la suite des révélations arriverait dans les temps, laissant entendre que l’affaire pourrait s’étendre au-delà des seuls propos de l’eurodéputé. Jordan Bardella a lui-même estimé que l’objectif de ses détracteurs était de « tuer sa carrière politique » via ces accusations. La réponse du parti ne se limite pas à un simple démenti oral ; elle inclut une mobilisation juridique et médiatique visant à discréditer la source des informations, présentée comme une tentative de manipulation électorale.

La réaction de Marine Le Pen n’a pas été en reste, marquée par une rhétorique très agressive envers le journaliste impliqué. Elle a conseillé à Fabrice Arfi et à sa rédaction « d’enfiler son costard en Kevlar », une métaphore évoquant la nécessité de se protéger contre des menaces perçues comme graves. Cette formulation a été dénoncée par Fabrice Arfi lui-même, qui a exprimé sa sidération face à ce type de menace venant d’un futur président, soulignant le danger que ces propos font courir à la démocratie et aux journalistes. Il a décrit ces attaques comme des « prémices d’une guerre totale » contre le Rassemblement national. Malgré l’ampleur de la polémique, une division semble s’opérer au sein de l’électorat local. À La Seyne-sur-Mer, commune du Var où le RN siège au conseil municipal, les réactions sont mitigées. Certains électeurs considèrent ces révélations comme des « coups bas » destinés à faire peur avant la prochaine élection présidentielle. D’autres, en revanche, ont tendance à relativiser l’incident en invoquant un contexte de jeunesse pour Jordan Bardella, estimant qu’à 17 ans, il a pu dire des bêtises sans que cela ne définisse son parcours actuel. La stratégie de dédiabolisation du parti, qui se présente désormais comme le « bouclier des Juifs », continue d’adhérer à l’esprit de ces électeurs locaux.