Une réforme qui divise les acteurs de santé

Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec, a martelé qu’il n’est pas « socialement responsable » de proposer d’éliminer Santé Québec. Selon lui, cette structure, mise en place par la Coalition avenir Québec (CAQ) il y a moins de deux ans, vise précisément à faire en sorte que le réseau fonctionne mieux et que les patients soient mieux soignés. « Ce n’est pas responsable socialement que de proposer d’éliminer cette structure qui a été mise en place il y a moins de deux ans et qui vise à faire en sorte que le réseau fonctionne mieux, que les patients soient mieux soignés et que les soignants puissent mieux faire leur travail », a-t-il déclaré.

Le CMQ, qui représente plus de 25 000 médecins, rappelle que la santé reste la première préoccupation des électeurs québécois. Pourtant, deux des cinq principaux partis en lice — le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) — ont inscrit l’abolition de Santé Québec dans leurs plateformes électorales et promettent d’en réinvestir les économies dans les soins directs : le PQ avance des économies annuelles de 40 à 100 millions de dollars, alors que Radio-Canada ne relève aucun montant pour le PCQ.

Un bilan contesté et des promesses électorales ambiguës

Le Parti québécois, mené par Paul St-Pierre Plamondon, justifie son projet par une critique acerbe de la gestion de Santé Québec. Selon le PQ, la société d’État aurait vu ses effectifs augmenter de 70 % en deux ans, passant de 760 à 1 300 employés. Le parti évoque des économies potentielles de 40 à 100 millions de dollars par année, une fois la structure démantelée, et promet de réinvestir ces fonds dans la première ligne, notamment via les CLSC, ainsi que dans la réduction des délais pour les chirurgies.

Cependant, ces chiffres restent sujets à caution : le PQ ne précise pas combien d’employés seraient effectivement licenciés, ni comment s’opérerait la transition vers un nouveau modèle. Paul St-Pierre Plamondon a nuancé sa position en affirmant que certaines missions de Santé Québec, comme la mesure de la performance régionale ou la création d’économies d’échelle, seraient conservées, mais sous une autre forme.

Une déclaration qui laisse planer le doute sur la cohérence de son projet.

Une gouvernance sous bâillon et des questions sans réponses

La création de Santé Québec en décembre 2023, via le projet de loi 15 adopté sous bâillon avec 75 voix pour et 27 contre, reste un symbole des tensions politiques autour de la santé au Québec. Le Parti québécois, le Parti libéral du Québec ainsi que Québec solidaire avaient tous voté contre cette loi.

Selon une tribune publiée dans Le Devoir, ces mêmes partis sont aujourd’hui incapables de s’entendre pour défaire cette loi, et le PQ, en tête dans la plupart des projections récentes, pourrait former un gouvernement minoritaire après le scrutin du 5 octobre. La question n’est plus seulement politique, mais aussi juridique : abolir une société d’État nécessite un nouveau projet de loi et une majorité parlementaire, ce qui n’est pas garanti.

Selon la même tribune, un ministre péquiste pourrait en revanche vider Santé Québec de son autorité réelle en imposant une directive ministérielle, une manœuvre qui ne requerrait pas de vote.

Reste à savoir si cette solution de contournement suffirait à répondre aux critiques sur la bureaucratie et l’inefficacité du réseau. En attendant, 109 485 personnes sont en attente d’une chirurgie au Québec, selon les dernières données citées par le PQ, dont 276 depuis plus de deux mois pour se faire retirer une tumeur : les Québécois attendent des réponses concrètes, bien au-delà des promesses électorales.