Santé Québec : le CMQ contre l’abolition, le PQ persiste
Tweet cet article
Le 15 septembre 2026, à quelques semaines des élections provinciales québécoises, le Collège des médecins du Québec (CMQ) a lancé un avertissement solennel : démanteler Santé Québec n’est pas une mesure « socialement responsable ». Dans une déclaration rapportée par Radio-Canada, le Dr Mauril Gaudreault, président de l’organisation, a souligné que cette proposition, portée notamment par le Parti québécois et le Parti conservateur, risquait de fragiliser une institution encore jeune et de semer l’inquiétude parmi les soignants et le public. Santé Québec, créée sous bâillon en décembre 2023, cristallise les tensions autour de la gouvernance du réseau de santé québécois, alors que les listes d’attente chirurgicales atteignent des records et que 276 personnes atteintes de cancer attendent une opération depuis plus d’un an.
Dans la même rubrique
Une réforme qui divise les acteurs de santé
Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins du Québec, a martelé que l’abolition de Santé Québec n’était pas une solution viable pour le système de santé. Selon lui, cette structure, mise en place par la Coalition avenir Québec (CAQ) il y a moins de trois ans, vise précisément à améliorer la coordination du réseau et la qualité des soins. « Ce n’est pas responsable socialement que de proposer d’éliminer cette structure qui a été mise en place il y a moins de deux ans et qui vise à faire en sorte que le réseau fonctionne mieux, que les patients soient mieux soignés et que les soignants puissent mieux faire leur travail », a-t-il déclaré. Le CMQ, qui représente plus de 25 000 médecins, rappelle que la santé reste la première préoccupation des électeurs québécois, un enjeu que les partis politiques semblent avoir du mal à aborder avec la rigueur nécessaire. Pourtant, deux des cinq principaux partis en lice — le Parti québécois (PQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ) — ont inscrit l’abolition de Santé Québec dans leurs plateformes électorales, promettant des économies annuelles de 40 à 100 millions de dollars pour les réinvestir dans les soins directs.
Un bilan contesté et des promesses électorales ambiguës
Le Parti québécois, mené par Paul St-Pierre Plamondon, justifie son projet par une critique acerbe de la gestion de Santé Québec. Selon le PQ, la société d’État aurait vu ses effectifs augmenter de 70 % en deux ans, passant de 760 à 1 300 employés, tandis que les listes d’attente chirurgicales continuaient de s’allonger. Le parti évoque des économies potentielles de 40 à 100 millions de dollars par année, une fois la structure démantelée, et promet de réinvestir ces fonds dans la première ligne, notamment via les CLSC, ainsi que dans la réduction des délais pour les chirurgies. Cependant, ces chiffres restent sujets à caution : le PQ ne précise pas combien d’employés seraient effectivement licenciés, ni comment s’opérerait la transition vers un nouveau modèle. Paul St-Pierre Plamondon a nuancé sa position en affirmant que certaines missions de Santé Québec, comme la mesure de la performance régionale ou la création d’économies d’échelle, seraient conservées, mais sous une autre forme. Une déclaration qui laisse planer le doute sur la cohérence de son projet.
Une gouvernance sous bâillon et des questions sans réponses
La création de Santé Québec en décembre 2023, via le projet de loi 15 adopté sous bâillon avec 75 voix pour et 27 contre, reste un symbole des tensions politiques autour de la santé au Québec. Le Parti québécois, le Parti libéral du Québec ainsi que Québec solidaire avaient tous voté contre cette loi en dénonçant une procédure antidémocratique. À présent, ces mêmes partis peinent à) avaient tous voté contre cette loi, dénonçant une procédure antidémocratique. Aujourd’hui, ces mêmes partis peinent à s’entendre pour abroger Santé Québec, alors que le PQ, favori des sondages, pourrait former un gouvernement minoritaire après le scrutin du 5 octobre. La question n’est plus seulement politique, mais aussi juridique : abolir une société d’État nécessite un nouveau projet de loi et une majorité parlementaire, ce qui n’est pas garanti. Un ministre péquiste pourrait en revanche vider Santé Québec de son autorité réelle en imposant une directive ministérielle, une manœuvre qui ne requerrait pas de vote. Reste à savoir si cette solution de contournement suffirait à répondre aux critiques sur la bureaucratie et l’inefficacité du réseau. En attendant, les Québécois, confrontés à des listes d’attente record — 109 485 personnes, dont 276 atteintes de cancer — attendent des réponses concrètes, bien au-delà des promesses électorales.
Envie de suivre K-Pulse ? Inscrivez-vous au lancement de la newsletter.



