Une mobilisation en recul mais massive

La troisième journée de mobilisation sociale contre la vie chère a vu le déploiement d’un dispositif policier sans précédent. Le ministère de l’Intérieur a fait état de 70 000 policiers et gendarmes mobilisés pour sécuriser les manifestations, une force considérable déployée dans un contexte qualifié de « risque très élevé ». À 14 heures, le ministère comptabilisait déjà 15 000 manifestants présents lors de 65 actions organisées dans le pays.

Cependant, cette première heure de manifestation présentait un visage plus calme que la fin d’après-midi. Le ministère signalait même seulement 27 interpellations à ce stade précis, contre 217 enregistrées la veille au même moment lors de l’acte précédent. Cette progression des contrôles et des arrestations illustre la dégradation rapide de la situation au fil des heures.

Paris : entre calme relatif et violence inouïe

La capitale a été le théâtre d’une dualité marquée. Le parcours officiel, validé par le Conseil d’État pour relier la porte de Bagnolet à celle de Charenton, s’est déroulé sans incident notable selon les autorités. Pourtant, l’arrivée du cortège à la porte de Charenton a marqué un tournant dramatique. Des heurts violents ont opposé forces de l’ordre et casseurs, saturant l’air de gaz lacrymogènes.

Un gendarme mobile a reçu un cocktail molotov, une attaque qualifiée par le ministre de « tentative de meurtre ». Laurent Nunez a mis en cause des groupes « d’ultragauche » pour ces agissements. À Bordeaux, la situation était également tendue avec 11 000 manifestants défilant dans un cortège plutôt contenu, avant que la place de la Victoire ne devienne le théâtre de dégradations et de tirs de blindés Centaure.

À Lyon, des dizaines d’individus masqués ont lancé des projectiles vers les policiers à l’arrivée du cortège sur la place Jean-Macé.

Un bilan contrasté et une mobilisation étudiante persistante

Les chiffres officiels et ceux avancés par les syndicats divergent considérablement. Si le ministère de l’Intérieur s’en tient à 320 000 personnes pour l’ensemble du pays, l’intersyndicale jeunesse avance le chiffre d’un demi-million de mobilisés dans l’Hexagone. Cette différence de lecture souligne la difficulté d’évaluer une manifestation aussi vaste et dispersée. À Paris, la préfecture de police a recensé 70 000 manifestants à ce stade, tandis que les organisateurs estiment leur présence à 200 000 personnes.

Le Conseil d’État a annulé le parcours initial Bastille/Nation au profit de l’itinéraire périphérique proposé par la préfecture, une décision contestée par la FAGE qui y voit une entrave au droit de manifester. Malgré les fermetures de plus de 40 stations de métro et les couvre-feux instaurés dans certains quartiers parisiens comme Châtelet ou République, l’élan des lycéens et étudiants demeure intact.

Des pancartes dénonçant la « vie chère » et le climat social ont été aperçues sous un ciel bleu, tandis que des manifestants s’apprêtaient à bloquer les universités dès mardi.