L’AfD frôle la majorité absolue en Saxe-Anhalt

Avec 44 % des voix, l’Alternative für Deutschland (AfD) s’impose comme la première force politique en Saxe-Anhalt, un Land de l’ancienne RDA où le parti réalise son meilleur score dans un scrutin régional. Selon les projections de la RTS, le parti d’extrême droite obtient 39 des 83 sièges du Parlement local, à trois sièges seulement de la majorité absolue. Un résultat qui dépasse largement les attentes initiales et confirme l’ancrage durable de l’AfD dans les régions orientales de l’Allemagne. « Le vote AfD constitue désormais un vote d’adhésion », analyse Bénédicte Laumond, politologue spécialiste de l’Allemagne à l’Université de Versailles, dans les colonnes de la RTS. Pour la chercheuse, ce succès s’explique par un « sentiment identitaire spécifique » développé chez les habitants de l’ex-Allemagne de l’Est, que l’AfD a su mobiliser en redonnant « une certaine fierté à être Allemand de l’Est ».

Le déclin économique et démographique, terreau du vote AfD

Le score de l’AfD s’inscrit dans un contexte de crise structurelle pour l’Allemagne. Selon RFI, l’industrie automobile allemande a perdu plus de 140 000 emplois depuis 2019, tandis que les géants Volkswagen et Mercedes ont annoncé des plans d’économies drastiques et la fermeture de plusieurs sites en Allemagne. Ce déclin économique est directement corrélé au vote AfD : 10 % des électeurs du parti sont sans emploi, un taux bien supérieur à celui des autres formations politiques. « Il y a une corrélation directe entre le chômage et le score de l’extrême-droite », souligne l’analyse.

La Saxe-Anhalt, comme d’autres régions de l’ex-RDA, subit également un effondrement démographique sans précédent. En 2025, l’Allemagne a enregistré son niveau de naissances le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’immigration, autrefois perçue comme un remède à ce déclin, ne suffit plus à compenser la baisse des naissances : le pays a perdu 100 000 habitants en 2025. Les projections des démographes anticipent une baisse de 6 à 25 % de la population dans les régions de l’ex-RDA d’ici 2045, à l’exception du grand Berlin. « Un habitant sur quatre en moins d’ici 20 ans », résume un expert cité par RFI. Un déclassement qui nourrit un sentiment de marginalisation et de colère, exploité par l’AfD.

Un parti sans stratégie de dédiabolisation

Contrairement à d’autres partis d’extrême droite européens, l’AfD n’a pas cherché à adoucir son image. « L’Allemagne a conservé une scène culturelle d’extrême droite beaucoup plus violente et extrémiste que dans plusieurs pays voisins », rappelle Bénédicte Laumond. Le parti mise sur des programmes ethnocentristes, incluant des stéréotypes xénophobes et racistes, une dimension souvent minimisée dans les débats médiatiques malgré l’ampleur de ses scores. « Quand on vote pour un parti d’extrême droite, on vote aussi pour des programmes qui sont ethnocentristes », souligne la politologue.

Cette absence de stratégie de « dédiabolisation » s’explique par l’histoire particulière de l’Allemagne depuis 1945. Les politiques mises en place pour combattre les mouvements extrémistes, ils ont longtemps rendu difficile l’implantation de partis d’extrême droite dans le jeu partisan. Résultat : l’AfD puise son électorat dans une mouvance plus radicale, en dehors des institutions traditionnelles.

Mémoire historique et éducation dans la ligne de mire

La victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt a provoqué une onde de choc en Allemagne et au-delà. Pour la première fois, un parti d’extrême droite pourrait accéder au pouvoir dans une région allemande. Cette perspective inquiète les mémoriaux dédiés à la mémoire des crimes nazis, comme ceux de Buchenwald ou Dora, qui craignent une relativisation de l’histoire. En France, les partenaires allemands de l’AfD expriment également leurs craintes face à cette avancée.

Les enseignants, eux, s’inquiètent des conséquences pour les programmes scolaires. L’AfD a annoncé vouloir modifier les contenus éducatifs, une perspective qui alerte les professionnels de l’enseignement. « Des basculements du programme scolaire sont prévus par le parti, de quoi inquiéter les enseignants », rapporte France 24.

L’Allemagne à un tournant politique

Ce résultat électoral en Saxe-Anhalt n’est pas un simple accident politique. Il reflète des dynamiques structurelles : déclin industriel, effondrement démographique, et une crise identitaire profonde dans les anciennes régions de RDA. Pour les habitants, la question n’est plus de savoir si l’AfD gouvernera, mais comment ce parti utilisera son pouvoir. Une chose est sûre : l’Allemagne entre dans une nouvelle ère politique, où l’extrême droite n’est plus un phénomène marginal, mais une force avec laquelle il faudra compter.