AfD aux portes du pouvoir régional en Saxe-Anhalt
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L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation antimigrants et russophile, s’impose dimanche 6 septembre aux élections régionales en Saxe-Anhalt avec environ 44 % des voix selon les sondages à la sortie des bureaux de vote réalisés par ARD et ZDF. Menée par Ulrich Siegmund, 35 ans, la droite radicale devance largement les conservateurs de la CDU, crédités de 18,5 %, et franchit un seuil politique majeur : jamais depuis 1945 aucune région allemande n’a été gouvernée par l’extrême droite. Le scrutin enregistre une participation exceptionnelle de 78 % selon ZDF, soit 18 points de plus qu’en 2021, tandis que la question de la gouvernabilité régionale reste ouverte.
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Le choc pour la stratégie de Merz
L’AfD pulvérise ses propres records dimanche en Saxe-Anhalt. Selon les projections de ZDF et ARD, elle recueille environ 44 % des suffrages — plus du double de son score de 2021 — et relègue la CDU du chancelier Friedrich Merz à 18,5 %. Le leader régional Ulrich Siegmund proclame que sa formation vient d’« écrire l’histoire » et réclame « un changement politique fondamental dans ce pays, avec une politique qui s’occupe enfin à nouveau de nos propres intérêts ».
Ce triomphe intervient alors que Merz se trouve affaibli. Arrivé au pouvoir en mai 2025, le chancelier avait annoncé un programme de durcissement migratoire destiné précisément à absorber les voix de l’AfD. Or son gouvernement de coalition fait face à une économie atone, des tensions internes avec ses alliés sociaux-démocrates et une succession de gaffes. La débâcle régionale aggrave sa fragilité politique. Deux autres scrutins régionaux se profilent le 20 septembre : en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, où l’AfD devance déjà le SPD selon les sondages avec un score compris entre 35 et 37 %, et à Berlin, où les trois principales forces — CDU, AfD et Die Linke — demeurent au coude à coude.
L’incertitude de la majorité
Un point critique demeure : selon les estimations de ZDF et ARD, l’AfD obtiendrait entre 39 et 41 sièges au Parlement régional de Saxe-Anhalt, à quelques élus de la majorité absolue requise de 42. Ce résultat pose une énigme politique majeure pour la région de 2,1 millions d’habitants.
Si l’AfD rate la majorité absolue, elle devra convaincre d’autres formations de gouverner avec elle. Or tous les partis — CDU, SPD, Verts et Die Linke — ont exclu toute alliance avec l’extrême droite. Une seule exception : le BSW, mouvement de gauche russophile, attend de franchir la barre des 5 % pour accéder au Parlement et pourrait devenir un partenaire de circonstance. Ulrich Siegmund a d’ailleurs parlé dimanche de sa « main tendue » ; sa co-dirigeante nationale Alice Weidel en a appelé « à la CDU, ou une partie de la CDU », quand bien même le parti du chancelier a formellement exclu tout rapprochement.
La défaite régionale pourrait modifier ce calcul. L’ampleur de la débâcle conservatrice — la CDU voyant son score divisé par deux par rapport à 2021 — crée des fissures. Certains membres de la CDU militent depuis longtemps pour explorer un rapprochement. De son côté, le chef régional sortant Sven Schulze, qui gouvernait en CDU, a reconnu sa « cuisante défaite » dimanche soir et constaté que « les électeurs ont ainsi envoyé un message clair ».
Les promesses du néo-nationalisme régional
Siegmund, 35 ans, figure de proue et star des réseaux sociaux, canalise une colère et une nostalgie régionales. Il a promis de multiplier les expulsions d’étrangers, de supprimer l’obligation scolaire et de modifier les programmes d’histoire jugés trop centrés sur la culpabilité du IIIe Reich. Il rejette aussi les médias publics allemands, qu’il dénonce comme « anti-AfD ».
Ce programme trouve un écho auprès de sympathisants qui se sentent abandonnés par le reste de l’Allemagne. Dimanche, Siegmund est arrivé au bureau de vote sur une Simson, mobylette iconique de l’ancienne Allemagne de l’Est, symbole de cette nostalgie de la RDA. Peter Harmuth, agent d’entretien de 56 ans à Tangermünde, confie à l’AFP que le leader est « vraiment très bon et proche des gens ordinaires, il va vers les gens, donne la parole à chacun ou les écoute, et c’est vraiment impressionnant ».
La fracture morale et la mobilisation historique
Ce scrutin révèle cependant une fracture profonde. Sarah Stellmacher, employée d’école de 35 ans, exprimait dimanche l’espoir que « la majorité des habitants de Magdebourg et de Saxe-Anhalt aient voté en faveur de la démocratie ». Charlotte Knobloch, figure de la communauté juive allemande, se dit « horrifiée » : « Même dans mes pires cauchemars, je n’aurais pas pu imaginer que l’extrême droite puisse de nouveau gagner des élections en Allemagne de cette façon ».
La mobilisation électorale elle-même témoigne de l’intensité du moment. La participation atteint 78 % selon ZDF, soit 18 points de plus qu’en 2021. Dimanche, des renforts policiers ont été déployés de crainte de débordements entre partisans et opposants de l’AfD. Des grilles métalliques ont été érigées autour du Landtag régional, où de nombreux policiers patrouillaient.
Le résultat redessine l’horizon politique allemand. Pour Oliver Lembcke, professeur de sciences politiques à l’université de la Ruhr interrogé par l’AFP, cette défaite de la CDU demeure bien plus qu’un lourd revers : elle annonce une « recomposition majeure du paysage partisan allemand » dont les contours restent à définir.
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