Le périple spatial a duré exactement 235 jours, durant lesquels Sophie Adenot a évolué à 400 kilomètres au-dessus de notre planète. Ce séjour exceptionnel lui permet d’avoir battu le record de durée d’un vol spatial ininterrompu pour une astronaute européenne, qu’elle soit masculine ou féminine, après huit mois passés à cette altitude. Cependant, cette performance ne s’accompagne pas seulement de gloire, mais aussi de conséquences physiologiques immédiates et potentiellement lourdes. Dès son arrivée sur la terre ferme, l’astronaute devra affronter le choc de la gravité terrestre, décrit par les experts comme quelque chose d’assez violent pour un corps non préparé.

La violence du retour : intolérance orthostatique et vertiges

La première épreuve attend Sophie Adenot est l’intolérance orthostatique. En microgravité, le volume de plasma sanguin diminue car le corps n’a plus besoin de lutter contre la pesanteur pour maintenir la pression artérielle. À l’inverse, dès qu’elle se retrouvera debout sur Terre, son système circulatoire devra s’adapter instantanément à une charge soudaine. Audrey Berthier, thématicienne sciences de la vie au CNES, explique que cette modification de la régulation de la pression artérielle expose les astronautes à l’hypotension et au risque de syncope. Thomas Pesquet a lui-même comparé ce sentiment à celui d’un éléphant qui s’effondre soudainement. Les symptômes peuvent inclure des vertiges intenses, voire des vomissements, une situation que Thomas Pesquet qualifie d’équivalente à un mal de mer extrême multiplié par dix mille. Pour prévenir ces risques, les astronautes sont équipés de vêtements de compression dans la capsule et doivent être réhydratés dès leur arrivée.

Une perte osseuse comparable à l’ostéoporose sévère

Au-delà du choc immédiat, le corps de Sophie Adenot a subi une dégradation progressive pendant son séjour. La microgravité entraîne une perte osseuse rapide et significative. Selon Audrey Berthier, cette perte peut atteindre jusqu’à 1 % par mois dans l’espace. Ce rythme est alarmant car il correspond à peu près à ce qu’une femme atteinte d’ostéoporose perdrait en un an sur Terre. Pour Sophie Adenot, qui a fêté ses 44 ans au cours de sa mission, cela signifie que son corps a vieilli en accéléré, avec des risques accrus de fractures et une densité osseuse réduite. La récupération de cette densité prendra du temps, potentiellement jusqu’à un an ou plus pour retrouver la forme d’avant-vol. De même, les troubles visuels qu’elle a connus, l’obligeant à porter des lunettes durant sa mission, nécessiteront également une période de réadaptation prolongée.

Un programme de rééducation sur mesure à Cologne

Pour contrer ces effets, Sophie Adenot s’envolera rapidement vers Cologne en Allemagne, où se trouve le Centre européen des astronautes de l’ESA. Son premier jour sera dédié au repos avec sa famille, suivi d’une physiothérapie intensive et de séances de kinésithérapie pour récupérer du voyage. Pendant environ trois semaines, elle suivra un programme d’exercices physiques ciblés et sur mesure, notamment en piscine, où la flottabilité permet de travailler les muscles sans le poids complet du corps. Bimba Hoyer, médecin de vol à l’ESA, note que certains petits muscles du dos, peu sollicités dans l’espace, peuvent être fragilisés, provoquant des risques de hernies dès la première semaine. Cependant, Sophie Adenot a mené plus de 200 expériences scientifiques et effectué trois sorties extravéhiculaires (EVA) totales de 19 heures et 42 minutes. Son passé de pratiquante de yoga pourrait même lui être favorable pour préserver l’état de son dos. Le personnel médical veillera également à ce qu’elle ne soit pas autorisée à conduire avant sept jours, après un examen neurologique complet, afin d’éviter tout risque de chute lié à la désorientation vestibulaire.