Aux États-Unis, la colère s’organise contre un dispositif de surveillance massif déployé par l’entreprise Flock Safety. Les opposants dénoncent une atteinte à la vie privée et accusent les boîtiers noirs de l’entreprise d’être utilisés pour une surveillance de masse qui dépasse le cadre légal initial.

Une infrastructure étendue sous le feu des critiques

Le déploiement technologique s’est accéléré en quelques années, permettant à Flock Safety d’installer plus de 100 000 caméras de lecture automatisée de plaques d’immatriculation sur l’ensemble du territoire américain. Ces dispositifs connectés alimentent une gigantesque base de données accessible aux services de police locaux, autorisant le pistage de n’importe quel véhicule en temps réel. Les opposants soulignent que, bien que ces outils soient conçus pour retrouver des voitures volées ou arrêter des criminels, leur usage a rapidement dévié. Des agents de police ont été identifiés comme ayant détourné les données à des fins privées, traquant leurs ex-conjoints ou tentant de récupérer des informations sur des femmes soupçonnées d’avoir avorté dans un État où la procédure est autorisée.

Une mobilisation citoyenne et des actes de sabotage

Face à ces dérives, le mouvement DeFlock America s’est structuré pour contrer ce qu’ils nomment une société Big Brother. Bob Smetana, un informaticien, a d’ailleurs créé une application recensant les emplacements des caméras, qui compte plus de 600 000 téléchargements. Cette mobilisation populaire est devenue si intense que la violence physique s’est emparée de l’actualité récente. Aux États-Unis, de nombreuses unités de surveillance sont aujourd’hui la cible de dégradations graves, parfois effectuées à l’aide de disqueuses ou d’explosifs pour mettre définitivement hors service les boîtiers noirs. Des militants estiment qu’il faut arrêter ce système dès lors qu’il porte atteinte à la vie privée.

Un débat politique qui émerge avant les élections

La polémique s’est intensifiée dans plusieurs grandes villes, notamment Atlanta où près de 10 000 caméras sont déployées. Sous la pression des citoyens et suite à des scandales récents, plus de 150 municipalités ont choisi de résilier leurs contrats avec l’entreprise. La société Flock Safety a réagi en limitant la durée de rétention des images à sept jours et en annonçant un système de détection des usages abusifs. Son dirigeant, Garrett Langley, s’est excusé publiquement auprès des victimes de ces manquements. Cependant, l’entreprise maintient son ambition de développement, envisageant désormais le lancement de drones capables de scanner des milliers de plaques d’immatriculation. Ce sujet traverse les clivages politiques, réunissant Démocrates socialistes et Républicains autour d’une seule exigence : ne pas être surveillés 24 heures sur 24.