Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a été confronté ce mercredi en commission de l’Intérieur à un véritable tribunal parlementaire. Face au mur des interpellations, le chef du gouvernement a dû défendre une trajectoire financière qui semble tenir sur un fil. L’enjeu est colossal : dénicher 10 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2029 pour endiguer une hémorragie budgétaire que De Wever qualifie lui-même de « situation fort dangereuse ». Entre les exigences de la coalition et la réalité des chiffres, le Premier ministre a laissé poindre une certaine lassitude face à la complexité du jeu politique, admettant avec une pointe d’ironie que si son action était solitaire, les solutions seraient bien plus fluides.

Un diagnostic de dépenses sous haute tension

Pour justifier l’urgence de ce serrage de ceinture, Bart De Wever a pointé du doigt une dérive structurelle des dépenses publiques sur les deux dernières décennies. Selon ses propres calculs, entre l’an 2000 et l’année dernière, les sorties d’argent ont bondi de 10 %, soit un surplus massif de 60 milliards d’euros. C’est ce qu’il décrit comme un « effet boule de neige » menaçant de submerger la dette nationale. Pour lui, le problème ne réside pas dans les recettes — qu’il juge historiquement stables — mais dans une gestion des dépenses qui a perdu son cap. Il appelle donc à une prise de conscience collective avant que la situation ne devienne irréversible.

Les pressions parlementaires et les risques techniques

Le face-à-face avec les députés n’a pas été de tout repos, les élus multipliant les attaques sur les instruments concrets de cette réduction budgétaire. Alexia Bertrand (Anders) a rappelé le coût onéreux des douzièmes provisoires, qui ont pesé pour environ 1 milliard d’euros l’an dernier, une option que De Wever veut absolument écarter. Parallèlement, la pression idéologique s’est fait sentir : Sarah Schlitz (Ecolo) l’interroge sur l’intégration du dérèglement climatique et la taxation des plus aisés, tandis que Raoul Hedebouw (PTB) s’inquiète d’une possible hausse de la TVA qui pèserait sur les revenus modestes. Face à ces demandes contradictoires, le Premier ministre a opté pour une stratégie de discrétion absolue, refusant de dévoiler ses pistes avant l’accord final.

Un horizon incertain malgré des objectifs fixés

L’horloge tourne et la pression temporelle est palpable. Le gouvernement doit présenter son épure budgétaire à la Commission européenne et préparer le grand discours de la rentrée parlementaire du mardi 13 octobre. L’histoire récente sert d’avertissement : l’incapacité à boucler un budget en temps voulu l’an dernier avait contraint le gouvernement Arizona à entamer 2026 sous le régime précaire des douzièmes provisoires. Malgré ces vents contraires et une marge de manœuvre quasi inexistante pour stimuler la compétitivité, Bart Dewever promet un accord « satisfaisant ». Il reconnaît toutefois, avec sa fameuse « petite farde blanche » à la main, que la résolution du problème serait simplifiée s’il n’était pas contraint par les compromis nécessaires à la vie démocratique.