Une stratégie de redressement financée par les ménages et l’État

La présentation du budget 2027 marque un tournant dans la gestion des finances publiques, avec une volonté affichée de reprendre en main notre destin selon les mots de Roland Lescure. Pour atteindre son objectif de réduction du déficit de la Sécurité sociale, qui devrait passer de 21,8 milliards d’euros en 2026 à 12,7 milliards en 2027, le gouvernement s’appuie sur un serrage des vis significatif. L’effort demandé aux retraités constitue l’une des piliers de cette stratégie : il est estimé à 5,5 milliards d’euros. Cette somme provient principalement d’une désindexation ou sous-indexation des pensions supérieures à 1 260 euros, tandis que les retraites inférieures à ce seuil demeurent totalement indexées sur l’inflation. Parallèlement, le plafond de l’abattement fiscal pour les frais professionnels des retraités est abaissé de 4 439 euros à 3 000 euros, une mesure censée générer 1,4 milliard d’euros d’économies supplémentaires.

Des mesures fiscales et sociales controversées

Au-delà des questions de retraite, le projet de loi de finances introduit plusieurs nouveautés fiscales destinées à élargir la base de recettes. Pour élargir les recettes fiscales via la lutte contre l’évasion, le plan vise à capter 1 milliard en 2027 grâce au combat contre la fraude fiscale. Il propose également un prélèvement exceptionnel sur les avoirs en déshérence, tels que les comptes bancaires oubliés ou les assurances-vie non réclamées, espérant ainsi mobiliser 1,4 milliard d’euros. Dans le domaine de l’enseignement supérieur, une nouvelle taxe frappe les étudiants non boursiers : l’inscription en BTS sera facturée 178 euros et celle en classe préparatoire aux grandes écoles 270 euros. Le gouvernement justifie ces frais par la nécessité de mettre fin à une singularité au sein de l’enseignement supérieur, qualifiant ces montants de modiques. De plus, les allocations familiales seront gelées au niveau de 2026, et des restrictions s’appliqueront aux étudiants issus de familles aisées souhaitant bénéficier d’aides au logement.

Investissements ciblés et ajustements structurels

Si le budget présente un visage austère pour les ménages, il prévoit également des augmentations de crédits dans certains secteurs stratégiques. Le ministère des Armées bénéficiera d’une hausse de 6,4 milliards d’euros, conformément à la loi de programmation militaire. L’Éducation nationale verra ses crédits augmenter de 1,1 milliard, et ceux de la Recherche de 500 millions d’euros. Le Fonds vert sera également porté à 1 milliard d’euros, garantissant le financement du parc nucléaire EPR. Cependant, ces investissements s’accompagnent de restrictions : le nombre de fonctionnaires d’État diminuera de 1 076 unités en 2027, et les effectifs globaux des ministères seront gelés hors défense. Le gouvernement souhaite aussi mettre fin aux rentes de soutien aux énergies renouvelables les plus anciens, jugées excessives, afin de rendre le financement plus efficient face à la volatilité des prix de l’électricité. Enfin, une taxe sur les fournisseurs de kérosène est prévue pour financer les carburants durables dans l’aviation.