Cosmétiques : ces résidus qui échappent aux stations d’épuration
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Chaque geste de soin ou de beauté laisse une traînée chimique dans nos réseaux d’assainissement. Samedi 12 septembre 2026, l’opération « Détoxe ta trousse », organisée Place de la Louve à Lausanne, a rappelé que ces résidus persistent dans l’eau que nous buvons. Selon Nathalie Chèvre, écotoxicologue à l’Université de Lausanne, les stations d’épuration, conçues pour traiter les effluents organiques, laissent passer la majorité des molécules synthétiques issues des shampoings, savons et maquillages. Leur modernisation, en cours en Suisse, ne suffira pas à les éliminer totalement. Pourtant, des solutions existent pour réduire notre exposition, comme l’a démontré une étude de l’Inserm publiée en avril 2026.
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Des infrastructures conçues pour l’organique, pas pour les molécules synthétiques
Les stations d’épuration suisses, héritières des technologies des années 1950 et 1960, ont été pensées pour éliminer phosphore, azote et matière organique. Leur objectif ? Empêcher l’eutrophisation des lacs et préserver la qualité des eaux. « L’idée était d’éliminer la matière organique, le phosphore, l’azote, mais pas les substances chimiques de synthèse », précise Nathalie Chèvre. Ces dernières, issues des cosmétiques, ne constituent pas une source de nourriture pour les bactéries. Résultat : la plupart des résidus traversent les filtres et se retrouvent dans les lacs, puis dans l’eau potable. Dans le bassin lémanique, où l’eau du lac est transformée en eau du robinet, plus de soixante-dix tonnes de substances chimiques issues de pesticides ainsi que de médicaments ont été identifiées. « Il s’agit de grandes quantités », souligne l’écotoxicologue. La modernisation des stations, bien qu’en cours, ne permettra pas d’éliminer 100 % de ces polluants, faute de technologies adaptées.
Cinq cents substances sur la peau : un effet cocktail encore méconnu
Chaque jour, les consommateurs appliquent jusqu’à cinq cents substances chimiques différentes sur leur épiderme via shampoings, savons ou maquillages. « Nous ne connaissons pas les effets de toutes ces substances ensemble », admet Nathalie Chèvre. Si l’industrie cosmétique évite, en théorie, les composants nocifs pour l’homme à court terme, des risques à long terme persistent, notamment pour les perturbateurs endocriniens. Ces molécules, comme le bisphénol A (BPA), sont suspectées de favoriser cancers, infertilité ou troubles métaboliques. Pourtant, leur présence dans les produits de soin est encore possible, soit par contamination lors de la fabrication, soit via les emballages. Le BPA, interdit en France depuis 2005 comme ingrédient dans les cosmétiques, reste détectable dans les urines, comme l’a montré une étude de l’Inserm en avril 2026.
Réduire l’exposition en cinq jours : la preuve par l’expérience grenobloise
Pour mesurer l’impact d’une réduction drastique des produits cosmétiques, des chercheurs de l’Inserm, de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS ont mené une expérience auprès de cent étudiantes âgées de 18 à 30 ans. Pendant cinq jours, ces participantes ont limité leur usage de shampoings, savons et maquillages, remplaçant leurs produits habituels par des alternatives sans phénols synthétiques, parabènes, phtalates ni éthers de glycol. Les résultats sont nets : une baisse de 22 % de l’exposition au phtalate de monoéthyle, de 30 % au méthylparabène (conservateur suspecté d’être un perturbateur endocrinien), et de 39 % au bisphénol A. « Ces résultats pourraient étayer une réglementation plus stricte sur la composition des produits ou leur processus de fabrication », conclut l’étude. Une piste concrète pour limiter la pollution invisible qui s’accumule dans nos organismes et nos écosystèmes.
Lausanne mise sur la sensibilisation, l’Europe sur la réglementation
Face à l’inaction des stations d’épuration, des initiatives locales émergent pour alerter le public. À Lausanne, l’événement « Détoxe ta trousse », gratuit et ludique, a proposé samedi 12 septembre 2026 des ateliers pour décrypter les étiquettes des cosmétiques et privilégier les produits à liste d’ingrédients courte. Nathalie Chèvre y a rappelé une règle simple : « Achetez des produits où la liste d’ingrédients est la plus courte et la plus simple possible, et utilisez-en moins. Par exemple, un seul démaquillant au lieu de trois crèmes. »
De son côté, l’Union européenne discute depuis 2024 d’un encadrement plus strict des tensioactifs synthétiques, jugés trop polluants pour les milieux aquatiques. En attendant, les consommateurs peuvent agir à leur échelle en adoptant des savons biodégradables maison, comme le recommande la Maison des Jardins dans ses colonnes. Une poignée d’ingrédients — savon de Marseille, bicarbonate, cristaux de soude — suffit à préparer un liquide vaisselle ou un produit ménager efficace, sans résidus chimiques persistants. Une solution modeste, mais immédiate, face à l’échec des infrastructures actuelles.
Sources et traçabilité · 5 sources
Information recoupée auprès de 5 rédactions distinctes.
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