Un report aux conséquences immédiates

Le gouvernement caquiste a reporté sine die la publication des nouvelles cartes des zones inondables, initialement prévue pour le 1er août 2026. Une décision qui a pris de court la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), pourtant convaincue que « toutes les conditions étaient réunies » pour respecter l’échéance. Selon un sondage Léger commandé par Vivre en ville, 83 % des Québécois réclament la transparence sur ces cartes, dont la publication pourrait tripler le nombre de résidences classées en zone à risque. Annie Levasseur, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’impact des activités humaines, rappelle que ces documents ne créent pas le risque, mais permettent de mieux l’anticiper. Pourtant, leur absence prolongée alimente une grogne croissante, d’autant que les pertes assurantielles liées aux événements climatiques ont atteint 9,4 milliards de dollars en 2024, selon le Bureau d’assurance du Canada.

Des citoyens dans l’ignorance, une pétition ignorée

Le 30 janvier 2025, Virginie Dufour, députée libérale des Mille-Îles, a déposé une pétition signée par 2 395 citoyens exigeant un report des consultations jusqu’à ce que toutes les cartes préliminaires soient dévoilées. La CAQ a rejeté cette demande lors d’une séance de travail à l’Assemblée nationale, sans même l’étudier. Dufour dénonce une approche « insensible » et « improvisée », où le gouvernement applique un « mur à mur » sans égard pour les constructions ayant été adaptées pour résister aux inondations. Les craintes sont concrètes : dévaluation des propriétés, impossibilité de souscrire une assurance habitation, et une précarité immobilière qui s’installe dans le silence d’une campagne électorale dominée par les questions économiques.

Un cadre réglementaire contesté et des promesses en suspens

Depuis le 1er mars 2026, les MRC doivent demander une délégation pour établir elles-mêmes les limites des zones inondables, une responsabilité que plusieurs refusent d’endosser. Charles Milliard y voit la preuve d’un gouvernement incapable de trancher : « Il faut arrêter de pelleter les choses dans la cour des municipalités et des MRC », a-t-il lancé lors d’un déplacement en Beauce. Le chef libéral promet que son gouvernement jouerait un rôle central dans la création et la mise en œuvre de ces cartes, une position qui contraste avec la gestion actuelle. Pendant ce temps, 74 % des Québécois estiment que Québec doit en faire davantage pour adapter le territoire aux changements climatiques, notamment pour limiter la hausse des primes d’assurance. Samuel Pagé-Plouffe, expert en aménagement du territoire, souligne que les deux prochaines années seront déterminantes pour réviser les documents de planification territoriale, sous peine de voir les risques climatiques s’aggraver sans réponse adaptée.