Une accusation d’assassinat portée par la justice

Les parents Gilles Viaene et Marjorie Brizard se retrouvent devant un jury populaire pour répondre des faits les plus graves. Ils sont accusés d’avoir assassiné leur fils Esekia, âgé de onze ans au moment de son décès. Selon le parquet général, la mort de l’enfant résulte d’un homicide volontaire et prémédité. Initialement placés sous mandat d’arrêt en juin 2023 pour privation de soins ayant entraîné la mort, les faits ont été requalifiés en meurtre puis en assassinat par le juge d’instruction.

Cette requalification repose sur l’intention homicide présumée des accusés. Le jury devra désormais déterminer si cette qualification pénale est retenue ou si une autre doit être envisagée.

La situation de l’enfant et les conditions du décès

Esekia souffrait d’une infirmité motrice cérébrale diagnostiquée à six mois, le rendant totalement dépendant pour tous ses gestes quotidiens. Incapable de marcher ou de parler, il nécessitait une alimentation par biberon et des soins réguliers. Au moment de son décès survenu le 30 mai 2023 à 13h23, l’autopsie révèle qu’il ne pesait que douze kilos pour une taille de 105 centimètres. Son estomac était vide, signe d’une dénutrition chronique aggravée. Il aurait perdu près de quinze pour cent de son poids en quelques mois seulement.

Les secours ont été appelés à 14h44, soit une heure et vingt et une minutes après la vidéo envoyée par le père montrant l’enfant en détresse respiratoire.

Un contexte familial et social complexe

La famille vivait dans des conditions d’hygiène décrites comme aléatoires, avec des matelas posés par terre et un réfrigérateur vide. Le couple disposait pourtant de revenus mensuels estimés entre quatre et cinq mille euros, somme qui s’ajoutait aux allocations. Gilles Viaene reconnaît être lourdement endetté à hauteur de plus de cinquante mille euros, une situation que la mère attribue en partie à ses habitudes de consommation.

Depuis octobre 2019, le Service d’aide à la jeunesse suivait leur situation avec inquiétude. Au mois de février 2023, une structure spécialisée a rompu son partenariat avec la famille, car celle-ci cessait de régler les frais médicaux et ignorait systématiquement les convocations. Le SAJ avait demandé une judiciarisation du dossier le 26 avril 2023, peu avant le décès de l’enfant.

La requalification juridique et l’intention homicide

La justice a transformé la qualification initiale en assassinat, basant cette décision sur la présomption d’une volonté de tuer. Le jury doit désormais trancher si les manquements relevés relèvent d’un homicide volontaire ou d’une autre infraction. Cette évolution pénale repose entièrement sur l’analyse de l’intention des accusés au moment où ils ont cessé de prodiguer les soins vitaux nécessaires à la survie de leur enfant lourdement handicapé.

Les conditions de vie décrites, incluant un estomac vide et une perte de poids significative, illustrent la gravité des faits reprochés. La défense conteste cette lecture en invoquant des difficultés financières et personnelles, tandis que le parquet soutient que l’arrêt délibéré de l’alimentation constitue un acte criminel. Le verdict dépendra de la capacité du jury à déterminer si la privation de soins était une fatalité ou un choix conscient menant à la mort.