Une faille critique exploitée sur des équipements obsolètes

L’attaque a ciblé spécifiquement les systèmes de gestion de la réfrigération fabriqués par le groupe danois Danfoss. Selon les informations recueillies, les pirates ont réussi à prendre le contrôle à distance des thermostats connectés, transformant les frigos et congélateurs en sources de chaleur plutôt que de froid. Thierry Cotillard, patron des Mousquetaires/Intermarché, a expliqué lundi soir sur BFMTV que les attaquants avaient « mis en dégivrage tous nos meubles froids et à les monter en température jusqu’à 50 degrés ».

Cette manipulation volontaire a rendu la chaîne du froid impossible à maintenir. L’entreprise danoise Danfoss a reconnu que la majorité des unités touchées étaient des produits anciens ayant atteint leur fin de vie, ne bénéficiant plus de mises à jour logicielles ni de correctifs de sécurité. Le fabricant avait pourtant recommandé depuis longtemps aux clients de migrer ces systèmes hérités vers des solutions plus récentes pour éviter ce type d’incident.

Un gaspillage colossal et des pertes financières sans précédent

Les conséquences immédiates pour les enseignes concernées sont dévastatrices, tant sur le plan sanitaire que financier. Pour respecter les normes de sécurité alimentaire et éviter tout risque sanitaire, les distributeurs ont été contraints de jeter l’ensemble des produits frais et surgelés touchés. Les pertes chiffrées varient considérablement selon la taille du magasin. Dans un petit supermarché, les dégâts peuvent atteindre quelques dizaines de milliers d’euros, tandis qu’un hypermarché peut subir une perte s’élevant à 180 000 ou 200 000 euros.

À Haguenau (Bas-Rhin), deux magasins Intermarché ont évoqué auprès de France Inter un préjudice total de 270 000 euros. De même, le Leclerc de Wasselonne a dû jeter ses surgelés pour un montant estimé à 220 000 euros. D’autres cas isolés montrent la dispersion des dégâts : une perte de 55 000 euros à Issy-les-Moulineaux ou environ 60 000 euros dans un magasin d’Etréchy (Essonne).

Au total, le bilan national pourrait s’élever à plusieurs millions d’euros.

Une enquête ouverte et des questions sur la couverture assurantielle

Face à l’ampleur de cette cyberattaque inédite, le parquet de Paris a pris l’initiative d’ouvrir une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité (OFAC). Cette investigation vise à recenser toutes les victimes et à établir le lien entre les intrusions numériques et les dégâts matériels rapportés, y compris des départs de feu observés dans certains établissements. L’ANSSI a également été mobilisée pour analyser la vulnérabilité des équipements industriels désormais connectés sans avoir été conçus pour résister aux cybermenaces.

Un point douloureux émerge cependant : les assurances ne couvrent pas ce type d’incident spécifique en magasin. Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, a dénoncé une attaque « inacceptable », soulignant que s’attaquer à des équipements essentiels à l’approvisionnement alimentaire des Français est d’une extrême gravité. Certains gérants ont dû débrancher la connexion numérique de leurs rayons frais pour éviter toute nouvelle tentative d’intrusion, marquant ainsi une rupture dans le modèle de supervision à distance qui s’est généralisé.