Un appel aux souverainistes pragmatiques

C’est à Montréal, mardi matin, qu’Éric Duhaime a choisi de dévoiler sa vision autonomiste, entouré de plusieurs candidats, dont Maïté Blanchette Vézina dans La Peltrie. Le chef du Parti conservateur du Québec y a lancé un appel direct aux électeurs souverainistes qu’il qualifie de pragmatiques : plutôt que de suivre un chef qu’il décrit comme « obsédé » par le référendum, il les invite à rejoindre les rangs conservateurs. Selon lui, les Québécois « n’ont pas d’appétit pour l’obsession référendaire » de Paul St-Pierre Plamondon. « Il est obsédé. Il ne veut pas lâcher le morceau pis les Québécois n’en veulent pas », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne faut pas faire confiance à « un gars qui va vous amener dans le mur ». Ce dont le Québec a besoin, soutient-il, c’est « d’un parti autonomiste ».

Une constitution québécoise et une loi-bouclier

La plateforme présentée mardi repose sur deux promesses phares : la création d’une constitution québécoise, qui serait fondée sur des consultations de citoyens et d’experts à travers le Québec, et l’instauration d’une « loi-bouclier » contre ce qu’il appelle les intrusions fédérales. Le document publié par le PCQ, intitulé « Oser l’autonomie du Québec, pour vrai », précise que cette constitution « affirmera la souveraineté de l’Assemblée nationale et la primauté du droit québécois dans les champs de compétence du Québec, tout en consacrant le français comme seule langue officielle et commune, la laïcité de l’État et les caractéristiques fondamentales de la nation québécoise ». Le parti réclame par ailleurs le rapatriement de pouvoirs d’Ottawa dans de nombreux domaines : linguistique, santé, éducation, culture, immigration, environnement, fiscalité, ressources naturelles et affaires municipales.

L’Alberta et la Saskatchewan comme modèles

Interrogé sur la réaction qu’il adopterait si le gouvernement fédéral refusait ses demandes, Éric Duhaime a cité en exemple deux homologues provinciaux : Danielle Smith, qui dirige l’Alberta, et Scott Moe, à la tête de la Saskatchewan. Tous deux, selon lui, « ont contesté systématiquement devant les tribunaux toutes les ingérences du fédéral dans leurs compétences ». Il invite à « prendre exemple » sur Danielle Smith, qui selon lui « a même réussi à avoir la tête de Steven Guilbeault et réussi à imposer un pipeline qu’elle réclamait depuis longtemps ». Le chef conservateur résume son objectif : « construire un rapport de force, puis accroître le pouvoir québécois à l’intérieur de la Confédération canadienne en créant des alliances avec les autres autonomistes, puis les autres conservateurs ailleurs au Canada ».

Le spectre du troisième référendum

Pour justifier son rejet de la stratégie péquiste, Éric Duhaime invoque les précédents historiques. Selon lui, « se lancer dans un troisième référendum perdant » placerait le Québec dans une situation de faiblesse. Il rappelle le lendemain du référendum de 1980, marqué par le rapatriement unilatéral de la Constitution, et celui du référendum de 1995, suivi de la Loi sur la clarté référendaire. Il demande aux électeurs s’ils veulent « remettre le Québec dans une situation de faiblesse où le fédéral va s’ingérer et va profiter de (son) échec référendaire pour envahir nos compétences ».

Le climat, angle mort de la plateforme

Sur la lutte aux changements climatiques, le PCQ n’a pas présenté de cible de réduction des gaz à effet de serre ni de mesure permettant de réduire l’empreinte carbone du Québec. Éric Duhaime répète qu’il souhaite produire et exporter du gaz naturel pour aider d’autres pays à remplacer des combustibles plus polluants comme le charbon. Interrogé par La Presse canadienne sur les recherches scientifiques établissant que la baisse des émissions épargnerait des souffrances aux générations futures, il a répondu : « je suis surtout d’accord aussi avec le fait que plus on appauvrit les Québécois alors que les autres polluent et que nous autres, on essaie d’atteindre des cibles inatteignables, plus on est en train d’affaiblir le Québec et que ça n’a pas d’impact sur l’environnement ». Il promet de retirer formellement le Québec du marché du carbone, arguant que la province « ne peut pas être le seul joueur qui fait des efforts alors que nos voisins n’en font pas ».