19 tarifs publics, 109 boîtes noires

Le constat mérite qu’on s’y arrête. La facturation électronique n’est pas une option commerciale : c’est une obligation légale à venir, qui imposera à chaque entreprise de choisir une plateforme agréée. Or, selon le relevé publié sur data.gouv.fr, au 23 août 2026, deux plateformes immatriculées sur trois refusent de dire publiquement combien elles coûtent. Qu’on nous permette de nous en étonner : lorsque l’État impose un passage obligé, l’opacité tarifaire des intermédiaires cesse d’être un simple choix commercial pour devenir une friction démocratique.

Le jeu de données ne prétend pas dresser un classement, ni établir un prix moyen. Il fait autre chose, de plus utile : il fige, à date, ce qui est réellement lisible. Chaque prix a été lu directement sur la page de l’éditeur, jamais recopié d’un comparateur tiers, jamais estimé. Chaque ligne porte sa date de lecture et l’URL consultée.

Une méthode conçue pour résister au temps

Une grille tarifaire change sans préavis. Un éditeur peut modifier son offre entre deux visites, ajouter un palier, retirer une mention. D’où le parti pris du relevé : les prix restent en texte, tels que publiés — par exemple « 9 € HT/mois en annuel, 12 € en mensuel ». Aucune reformulation, aucune conversion, aucune moyenne. La donnée brute, avec sa source, et la date à laquelle elle était vraie.

Cette rigueur n’est pas cosmétique. Elle permet à toute entreprise, tout comptable, tout journaliste, de retourner à la page source et de vérifier. C’est la définition même d’une donnée publique utile : reproductible, datée, sourcée.

Ce que cela change concrètement pour une entreprise

Pour un dirigeant qui doit choisir sa plateforme, la leçon est double. D’abord, le marché n’est comparable qu’à la marge : 19 offres lisibles sur 166 immatriculées, cela signifie que la mise en concurrence réelle exige, dans la majorité des cas, une prise de contact commerciale. Ensuite, les prix publiés sont hétérogènes dans leur forme même — mensuel, annuel, avec ou sans engagement — ce qui interdit toute lecture rapide.

Quelques réflexes utiles avant de signer :

  • Vérifier que la plateforme figure bien parmi les 166 immatriculées par la DGFiP.
  • Exiger un tarif écrit, daté, avec les volumes inclus et le coût au-delà.
  • Conserver la page tarifaire consultée le jour du devis — les grilles bougent.
  • Comparer les 19 offres publiques avant d’ouvrir la négociation avec les autres.

Ce que le jeu de données ne dit pas

Honnêteté du dossier : ce relevé ne mesure ni la qualité de service, ni la robustesse technique, ni la pérennité des éditeurs. Il ne dit rien des 109 plateformes silencieuses, sinon qu’elles le sont. Il ne préjuge pas non plus des évolutions à venir — d’autres éditeurs pourraient publier leurs tarifs, ou les retirer. La donnée est un instantané, pas un oracle.

Reste l’essentiel : à quelques mois d’une bascule qui touchera toutes les entreprises, un citoyen peut aujourd’hui, sur data.gouv.fr, consulter en clair ce qu’une fraction du marché consent à afficher. C’est peu. C’est déjà beaucoup.

Source : data.gouv.fr — https://www.data.gouv.fr/datasets/tarifs-des-plateformes-agreees-pa-pour-la-facturation-electronique-releves-a-la-source