Un projet né d’un manque criant dans la mobilité lombarde

Nicolò Russello a 18 ans et vit à Busto Arsizio, une ville stratégique de la province de Varese, où les transports publics s’articulent autour de plusieurs opérateurs. La Lombardie, avec ses réseaux ferroviaires et ses lignes de bus urbains et extra-urbains, présente une complexité que les applications officielles peinent à résoudre. Les horaires des trains de Trenord, les lignes de STIE, les variations de trafic et les retards ne sont pas toujours synchronisés dans les outils existants. C’est cette fragmentation qui a inspiré Russello. « Je voulais savoir rapidement quel moyen prendre, où se trouvait un train, s’il avait du retard et comment enchaîner les correspondances », explique-t-il. Son application, « Fermata Reale », se présente comme un tableau de bord unique, évitant à l’utilisateur de jongler entre plusieurs interfaces.

Le projet a été développé en 2026, année où il a été rendu public. Contrairement aux applications commerciales des opérateurs, « Fermata Reale » ne propose pas de billetterie ni de service de transport supplémentaire. Elle se concentre sur l’agglomération et la lisibilité des données : horaires théoriques, positions en temps réel (quand disponibles), retards et alternatives. L’objectif est clair : transformer une contrainte quotidienne en un outil utile, même si son nom commercial n’est pas encore officiellement enregistré.

Un parcours atypique entre usine et code

Le parcours de Russello est aussi remarquable que son application. Après une formation de tourneur, il a combiné travail en usine et cours du soir pour se former à la programmation. Son expérience en mécanique, où précision et respect des procédures sont essentiels, a nourri sa méthode de développement. « Dans les deux domaines, il faut décomposer un problème, vérifier le résultat et corriger les erreurs », souligne-t-il. Mais là où la torniture se limite à une opération, l’application doit gérer des flux d’informations hétérogènes : horaires, positions, retards, correspondances.

Pour accélérer la création du code, Russello a utilisé l’intelligence artificielle, tant pour écrire des fonctions que pour définir une stratégie de marketing. Une approche pragmatique, dictée par le manque de temps. « Les heures libres sont rares, donc chaque minute compte », confie-t-il. Son modèle économique futur repose sur des partenariats avec des commerces locaux, évitant ainsi les publicités intrusives qui polluent souvent les applications de mobilité.

Une couverture encore limitée, mais un potentiel à explorer

À ce stade, « Fermata Reale » couvre la totalité du réseau ferroviaire de Trenord et les lignes de bus de STIE en Lombardie, soit plus de mille stations. Les données proviennent des horaires officiels des opérateurs, mais l’application ambitionne d’aller plus loin : afficher la position exacte des véhicules en temps réel. Un défi technique de taille, car cela nécessite des flux de données dynamiques et des accords avec les gestionnaires de transport.

Russello vise 500 utilisateurs actifs d’ici la fin de l’année 2026, un seuil qu’il estime nécessaire pour attirer des investisseurs et étendre le service à d’autres régions italiennes, voire à l’étranger. Pour l’instant, aucun chiffre officiel sur les téléchargements ou l’adoption n’a été publié. L’application reste donc un prototype en phase de test, dont la réussite dépendra de la précision des données, de la fréquence des mises à jour et de la clarté des informations affichées.

Ce qui manque encore à l’appel

Plusieurs éléments restent en suspens. D’abord, la couverture géographique exacte : si l’application se revendique « lombarde », elle ne couvre pas automatiquement toutes les lignes de la région. Ensuite, l’accès aux données en temps réel dépend des flux fournis par les opérateurs, ce qui n’est pas toujours garanti. Enfin, la gestion des données personnelles et la politique de confidentialité doivent être clairement communiquées aux utilisateurs.

Pour Russello, la prochaine étape passe par les retours des premiers utilisateurs, qui serviront à affiner la version d’octobre 2026. Son ambition ? Créer un outil qui ne se contente pas de reproduire les fonctionnalités existantes, mais qui comble un vide dans l’écosystème des transports publics lombards. Une gageure pour un jeune développeur seul, mais un pari qui mérite d’être suivi.