Le dispositif genevois de subvention des transports publics, entré en vigueur le 1er janvier 2025, produit des effets tangibles sur la mobilité urbaine et le portefeuille des administrés. Selon un rapport du Département de la santé et des mobilités (DSM), la prise en charge partielle ou totale des abonnements Unireso par l’État a entraîné une mutation significative des habitudes de déplacement.

Une hausse massive de l’usage quotidien

L’étude d’impact, réalisée par un collectif associant le Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL ainsi que les Transports publics genevois et le bureau Mobil’homme (TPG) et le bureau Mobil’homme, révèle une progression notable de la fréquence des trajets. La part des bénéficiaires utilisant les transports publics chaque jour a bondi de 19 % à 37 % en seulement un an, ce qui représente une augmentation relative d’environ 95 %.

Cette dynamique est particulièrement marquée pour les déplacements liés aux obligations professionnelles ou académiques. Pour ces catégories spécifiques, le recours aux transports collectifs a doublé, passant de 23 % à 46 %, selon les données recueillies par la coalition citée.

Vers un transfert des modes individuels vers le collectif

L’une des conséquences majeures de cette politique tarifaire réside dans l’abandon progressif du véhicule individuel. L’enquête souligne qu’un tiers des nouveaux abonnés déclarent utiliser moins leur voiture qu’auparavant. Pour ceux qui étaient des usagers quotidiens avant la mesure, ce taux d’abandon atteint entre 40 % et 46 %.

Le profil des bénéficiaires montre des comportements distincts :

  • Chez les jeunes de 6 à 24 ans (résidents ou en formation sous conditions), la mesure a surtout modifié la perception d’une dépense déjà consentie, favorisant une logique de rentabilisation qui intensifie l’usage du réseau.
  • Pour 36 % des jeunes utilisant leur voiture deux à trois fois par semaine en 2024, le recours au véhicule privé n’est plus que ponctuel en 2025.
  • Parmi les seniors, 43 % sont passés d’un usage quasi quotidien de la voiture à seulement deux ou trois déplacements hebdomadaires entre 2024 et 2025.

Un levier effectif pour le pouvoir d’achat

Au-delà du simple changement de mode de transport, l’objectif affiché par le gouvernement genevois d’améliorer le pouvoir d’achat semble atteint pour une partie de la population. Pour les bénéficiaires de plus de 65 ans, 45 % des économies réalisées sur le coût de l’abonnement sont directement réaffectées aux dépenses courantes du quotidien. Ce constat est d’autant plus pertinent que 38 % des jeunes de 18 à 24 ans se déclarent limités financièrement dans leurs déplacements.

Bien que la prise en charge porte potentiellement sur environ 200 000 personnes pour un canton totalisant quelque 530 000 résidents, l’ampleur inédite du dispositif en Suisse impose un suivi rigoureux. Le bureau Mobil’homme a ainsi documenté les quatre chantiers menés de front : le cadre réglementaire, la conception du dispositif de vente, la stratégie de communication et le système d’évaluation. Une nouvelle évaluation globale sera relayée début 2027 pour couvrir l’année 2026.