Un double infanticide survenu en février 2009

Les faits jugés remontent à février 2009. Cette année-là, Guy Turcotte, cardiologue exerçant à Saint-Jérôme, frappe ses enfants de 46 coups de couteau : Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans. Le drame se déroule à son domicile de Piedmont, alors que la séparation avec la mère des enfants, Isabelle Gaston, et le partage de la garde lui pèsent lourdement. Devant les commissaires, il évoque une « dégringolade », un stress « important », une « tristesse épouvantable ». Le soir des meurtres, après la lecture de courriels échangés entre son ex-conjointe et un amant, il dit avoir sombré dans une « crise suicidaire », avoir consommé de l’éthanol et s’être senti « déjà mort ». C’est dans cet état, soutient-il, qu’il a estimé que ses enfants devaient « venir » avec lui dans la mort.

Le parcours judiciaire a connu deux temps. Un premier verdict, en 2011, l’a déclaré non criminellement responsable pour cause de trouble mental ; la Cour d’appel a cassé cette décision. Le second procès, en 2015, l’a reconnu coupable de meurtre non prémédité et condamné à la prison à vie.

La Commission invoque la gravité exceptionnelle des crimes

C’est la première fois depuis les procès que Guy Turcotte s’exprimait devant la Commission des libérations conditionnelles du Canada. Sa requête portait sur une permission de sortie accompagnée, sous escorte, d’une durée de sept heures, destinée à retrouver ses parents. Les commissaires ont choisi la « prudence particulière ».

Leur refus s’appuie sur un constat documenté : en dépit de « progrès significatifs » reconnus en détention, le détenu refuse d’admettre qu’il a tué ses enfants pour punir leur mère. « La Commission ne peut pas faire abstraction de l’exceptionnelle gravité de vos crimes, un double infanticide commis dans un contexte de rupture », ont conclu Jacqueline Schoepfer et Joseph Lainé, ajoutant que « les conséquences vécues par les victimes doivent conserver un poids réel dans notre décision ». Sur le mobile, leur analyse est explicite : le geste « visait de façon consciente ou inconsciente à atteindre et à punir leur mère », et « le nombre de coups portés en témoigne ». Ces éléments, estiment-ils, « ne sont pas encore assumés ».

Isabelle Gaston debout face à l’assassin de ses enfants

Isabelle Gaston a témoigné au début de l’audience, debout, à deux pas de son ex-conjoint. Elle a décrit une souffrance qu’elle qualifie d’indescriptible et les suites d’un drame « épouvantable ». « On ne se remet pas de l’assassinat de ses enfants », a-t-elle déclaré. Elle a posé une condition nette à toute progression : « Sans ses aveux, tout m’apparaîtra que mascarade. » Elle a également exigé qu’il « se reconnaisse le responsable du mal qu’il a fait à Olivier et Anne-Sophie ». Les commissaires ont salué son « courage ».

Guy Turcotte, de son côté, a largement repris les arguments de sa défense de santé mentale exposés lors des deux procès. Il a soutenu que sa motivation « principale » n’était « pas de faire du tort », et s’est montré agacé quand les commissaires l’ont interrogé sur une éventuelle vengeance envers la mère. Son avocat, Me Pierre Tabah, est intervenu pour reprocher à la Commission de « refaire le procès » en reprenant la thèse de la Couronne, et a rappelé le premier verdict de non-responsabilité criminelle.

Une échéance fixée à avril 2028

Guy Turcotte affirme regretter « intensément » d’avoir fait souffrir Isabelle Gaston et dit traîner un « boulet » depuis 2009. Il a mentionné une « amie de cœur » durant sa détention ainsi qu’une rupture en 2021. Interrogé sur la perte de son statut professionnel, il se montre catégorique : « À partir du moment que j’ai tué mes enfants, je ne mérite plus rien. »

Une échéance demeure : la libération conditionnelle totale, pour laquelle il sera admissible en avril 2028. D’ici là, chaque demande devra convaincre des commissaires qui ont déjà signifié que la reconnaissance du mobile reste, à leurs yeux, incomplète. Le dossier n’est pas clos ; il est suspendu à une question que l’intéressé n’a pas encore tranchée.