Un tir, une vidéo, un mensonge d’État

Le 14 janvier 2026, Christian Castro, déployé à Minneapolis dans le cadre de l’opération « Metro Surge » — une vaste campagne de contrôle des personnes en situation irrégulière lancée par Donald Trump —, ouvre le feu sur Julio César Sosa-Celis, un Vénézuélien de 25 ans. Selon les déclarations initiales des autorités fédérales, l’agent aurait agi en état de légitime défense, affirmant avoir été visé par une pelle à neige. Pourtant, les images de neuf minutes captées par les caméras de surveillance de la ville, rendues publiques après des fuites dans la presse, contredisent cette version. On y voit les agents fédéraux poursuivre deux Vénézuéliens jusqu’à leur domicile avant que l’un d’eux ne soit blessé par un tir à travers la porte d’une habitation. Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, avait alors dénoncé une « version des faits qui ne correspond tout simplement pas à la réalité ». Les enquêteurs fédéraux ont finalement reconnu que Castro avait fourni de fausses informations sur le déroulement des faits, ce qui a conduit à l’abandon des poursuites contre les deux Vénézuéliens, initialement accusés d’avoir « aidé et encouragé l’agression d’un agent fédéral » (source : rtbf.be).

Une première inculpation fédérale, mais des blocages politiques

Christian Castro est donc inculpé par la justice fédérale pour avoir fait de fausses déclarations sous serment, une première pour un agent de l’ICE dans le cadre d’une opération anti-immigration. Le Département de la Justice a confirmé à l’agence Reuters que l’agent avait bien été privé de liberté au Texas, où il réside, suite à cette inculpation. Pourtant, les obstacles ne manquent pas. Dès mai 2026, la justice du Minnesota avait déjà inculpé Castro pour les mêmes faits, mais le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott — proche allié de Donald Trump —, a refusé de signer les documents d’extradition vers le Minnesota. Abbott a justifié son refus pour des « raisons très politiques », illustrant ainsi les tensions entre les États démocrates et l’administration fédérale sur la question migratoire (source : rtbf.be).

Minneapolis, épicentre des violences et des contestations

Les tirs de Christian Castro s’inscrivent dans une série d’incidents violents impliquant l’ICE à Minneapolis, une ville dirigée par un gouverneur démocrate et devenue le symbole des excès de la politique migratoire de Trump. Le 7 janvier 2026, Renée Nicole Good, une manifestante de 37 ans, est abattue par un policier de l’ICE. Deux semaines plus tard, Alex Pretti, un infirmier de 37 ans, est tué par des agents fédéraux lors d’une interpellation. Dans les deux cas, l’administration Trump a évoqué la légitime défense, mais les rapports officiels et les images ont révélé des versions contradictoires. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, a dénoncé à plusieurs reprises des « méthodes qui choquent » et organisé des hommages aux victimes, tandis que des milliers de manifestants ont défilé dans le centre-ville pour réclamer l’abolition de l’ICE (sources : ledevoir.com, humanite.fr).

Une justice sous pression, des méthodes sous surveillance

L’ICE, police fédérale chargée de l’immigration et des douanes, est devenue l’un des symboles les plus controversés de l’administration Trump. Avec près de 442 000 expulsions en un an — un chiffre en hausse de 171 000 par rapport à l’année précédente —, l’agence a multiplié les opérations musclées, souvent critiquées pour leur violence. Des célébrités comme Madonna, Pedro Pascal ou Alejandro González Iñárritu ont exigé la fermeture de centres de détention, tandis que des rapports ont révélé des conditions de détention « insalubres » et un nombre record de décès parmi les détenus. À Minneapolis, l’État du Minnesota a même porté plainte contre le gouvernement fédéral, accusant les autorités de ne pas avoir respecté leurs engagements initiaux dans l’enquête sur les fusillades ayant coûté la vie à Renée Good et Alex Pretti (sources : lefigaro.fr, mediapart.fr).

Que change cette inculpation ?

L’ouverture de poursuites fédérales contre Christian Castro marque un tournant symbolique, mais son issue reste incertaine. Les blocages politiques, les tensions entre États et l’opacité des méthodes de l’ICE rendent toute condamnation improbable à court terme. Pourtant, cette affaire rappelle que les abus de l’agence ne restent plus impunis, même sous une administration aussi déterminée que celle de Donald Trump. Pour les opposants à la politique migratoire de la Maison-Blanche, cette inculpation est un premier pas vers une remise en question des méthodes de l’ICE. Pour ses défenseurs, elle n’est qu’un épiphénomène dans une campagne d’expulsions massives qui se poursuit, malgré les critiques. Une chose est sûre : Minneapolis, où les images des violences ont ému le monde entier, reste le théâtre d’une bataille bien plus large que celle d’un seul agent.