Une intrusion visuelle sans préavis

Alexandra et Clover, résidant dans un vieil appartement de Ville-Marie, ont vu leur quotidien changer du jour au lendemain. Auparavant, la vue depuis leur fenêtre était paisible. Désormais, l’objectif d’une caméra de sécurité urbaine du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) domine le paysage. Alexandra explique avoir été saisie par cette présence : « Je me suis sentie envahie ».

L’appareil, identifié comme un modèle MIC de Bosch, est capable de filmer en haute résolution, de pivoter et d’utiliser l’intelligence artificielle pour reconnaître des objets ou suivre des piétons selon leur couleur ou leur vitesse. Contrairement aux modèles Flock retirés précédemment, cet appareil ne lit pas automatiquement les plaques, mais ses capacités restent impressionnantes. La police a accès en tout temps au flux vidéo capté par cet équipement.

Des habitudes modifiées et des craintes légitimes

L’installation de cette caméra a forcé les habitantes à modifier leurs comportements quotidiens. Alexandra raconte désormais s’assurer d’être habillée avant de sortir de chez elle et ouvre toujours une armoire dans la cuisine pour masquer sa silhouette aux regards indiscrets. Elle précise que la caméra capture également l’entrée de leur appartement. Bien qu’elle ne se sente pas ciblée spécifiquement, elle exprime une profonde inquiétude pour ses proches et les visiteurs, notamment ceux qui participent à des manifestations queers dont certains ont déjà été arrêtés.

Clover, sa partenaire, déplore quant à elle l’absence totale de communication : aucun préavis n’a été envoyé et aucune information n’a été fournie avant l’installation. Pour elles, cette surveillance soudaine est une violation de leur vie privée, d’autant plus injuste qu’elle intervient dans un quartier où la violence et l’itinérance sont des problèmes non résolus.

Un contexte de crise et de déploiement technologique

Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de transformation policière à Montréal. Le SPVM a récemment retiré une autre caméra controversée, le modèle Cloudrunner CR-H2 de l’entreprise Genetec, installée sur le boulevard Henri-Bourassa pour soutenir des enquêtes ciblées. Ce retrait intervient après la parution d’un reportage de Radio-Canada qui avait identifié l’appareil. La Ville de Montréal assure n’avoir pas été informée du projet, alors que son site des données ouvertes révèle un contrat signé en octobre 2025 avec Genetec pour une valeur de 17 000 $.

Parallèlement, la Ville prévoit d’investir 40 millions $ dans le déploiement de caméras corporelles et de surveillance sur véhicules. La mairesse Soraya Martinez Ferrada a pris l’engagement d’installer des dizaines de caméras pour soutenir les enquêtes, tandis que le SPVM utilise déjà ce type de technologie dans certaines autopatrouilles.