Le classement mondial de la liberté économique vient de subir une inversion de tendance surprenante pour l’Europe continentale. Selon le Global Capitalism Index (GCI), nouvel indice publié cette semaine par des chercheurs affiliés à l’Université de Virginie, la France s’est hissée au rang 21 mondial, devançant ainsi son voisin allemand qui glisse vers la 24e place. Ce résultat repose sur une analyse rétrospective remontant jusqu’en 2009, mais les écarts de performance entre Paris et Berlin ont considérablement évolué depuis 2018. Le contexte est complexe : il ne s’agit pas simplement d’une supériorité française sur tous les plans, mais d’un phénomène spécifique où le modèle économique français se distingue par une ouverture aux échanges et à la circulation des capitaux.

Une dégradation structurelle du modèle allemand explique en grande partie

Une dégradation structurelle du modèle allemand explique en grande partie ce basculement. La cause principale de ce renversement réside dans la trajectoire descendante enregistrée par l’économie allemande au cours de la dernière décennie. Entre 2018 et 2025, le score global de l’Allemagne a chuté de manière significative, passant de 94,9 points à 84,4 points. Cette régression touche presque tous les piliers du capitalisme mesurés par l’étude : la création d’entreprises, qui est tombée de 90,4 à 67,8 points, et la concurrence, dont le score a reculé de 98,1 à 84,8. La fragilité du secteur bancaire allemand illustre parfaitement cette tendance négative ; son système bancaire a vu son indice passer de 71,1 en 2018 à seulement 60 points aujourd’hui. L’Allemagne, pourtant moteur économique, montre une fragmentation institutionnelle croissante qui pèse sur sa notation internationale.

En contrepartie, l’économie française a su maintenir une stabilité relative

En contrepartie, l’économie française a su maintenir une stabilité relative tout en progressant sur certains indicateurs clés. Son score global est resté pratiquement constant, oscillant autour de 85 points (avec une note précise de 85,2), tandis que son système bancaire a connu une amélioration notable, passant de 77,2 à 88,4 points. Ce dynamisme s’explique par la structure du secteur financier français, dominé par quelques grands groupes universels internationaux, contrairement à la fragmentation allemande entre banques régionales et coopératives. La France compte ainsi cinq établissements dans le top 10 européen, contre un seul pour l’Allemagne, dont Deutsche Bank est reléguée au neuvième rang avec environ 1.436 milliards de dollars d’actifs.

Il convient de nuancer cette victoire française : la France n’est pas un modèle d’économie ultralibérale, loin s’en faut. Avec des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés des économies développées et une dette publique record attendue en 2027, Paris ne correspond pas à l’idéal du capitalisme anglo-saxon. L’indice mesure pourtant autre chose : la capacité à faire circuler le capital, protéger la propriété privée et garantir un cadre institutionnel stable. C’est pourquoi la France est qualifiée de « capitalisme commercial », s’apparentant davantage au modèle de Singapour qu’à celui des États-Unis ou de la Suisse. En revanche, sur la protection de la propriété intellectuelle et la qualité des institutions, l’Allemagne conserve une avance confortable avec 95,9 points contre 85,5 pour la France. L’écart est moins marqué sur le marché du travail où les deux pays sont désormais quasi-égaux, mais la fracture institutionnelle demeure la marque de fabrique de ce classement.