La Suisse accueille, pour la première fois de son histoire, un exercice majeur de protection civile au sein du cadre européen. Celui-ci, baptisé EU MODEX Switzerland 2026, s’étend du 6 au 9 octobre et mobilise quelque 500 participants sur trois sites distincts : Epeisses dans le canton de Genève, la ville de Genève elle-même, ainsi que l’aérodrome militaire de Payerne. Ce dispositif inédit vise à simuler un séisme d’ampleur majeure dont l’épicentre se situerait au pied sud du Jura, provoquant des dégâts catastrophiques dans les cantons romands de Genève, Vaud et Fribourg. L’objectif principal est de tester la capacité des secours suisses à collaborer avec des partenaires internationaux lorsque leurs propres ressources sont insuffisantes face à une catastrophe d’une telle envergure.

Dans le scénario construit par les organisateurs, les forces d’intervention

Dans le scénario construit par les organisateurs, les forces d’intervention nationales suisses se retrouvent immédiatement face à leurs limites opérationnelles. Le Conseil fédéral doit alors solliciter l’aide internationale via le mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UCPM). Cette activation déclenche le déploiement d’équipes et de ressources venues de pays partenaires tels que l’Italie, la Belgique, la Croatie ou encore la Bulgarie. L’enjeu central repose sur cette interopérabilité : comment des équipes étrangères, venant de cultures administratives et techniques différentes, peuvent-elles s’articuler avec les autorités locales pour sauver des vies ? Guillaume Vergain, directeur de l’exercice pour la protection civile genevoise, a décrit avec précision le déroulement de la matinée. Des figurants ont été ensevelis sous deux amas de décombres dans un hôtel supposé effondré après le tremblement de terre. Une équipe cynophile est intervenue pour localiser une victime, illustrant la nécessité d’une coordination parfaite entre les chiens détecteurs et les équipes de désenfouissement.

L’exercice ne se limite pas à un simple jeu de rôle ; il teste la réalité des échanges sur le terrain. François Fleuti, commandant de la protection civile vaudoise, insiste sur l’importance cruciale de « parler le même langage technique ». Sans cette capacité de communication commune, les équipes risquent de perdre du temps vital lors d’une véritable crise. Anja Zbinden, cheffe adjointe du projet Modex, ajoute que les structures organisationnelles et les méthodes de travail distinctes doivent s’articuler entre elles. Philippe Boeglin, représentant du service suisse chargé de la sécurité civile,), souligne que ce qui importe est de tester cette interopérabilité lorsque les capacités nationales sont dépassées. La Suisse, bien qu’en première ligne dans le scénario, ne peut gérer seule une catastrophe de telles proportions. Dès mardi en milieu d’après-midi, des renforts étrangers sont venus prêter main-forte face à l’étendue du séisme fictif.

Ce n’est pas un exercice purement théorique, mais une préparation nécessaire face à une réalité géologique. Le Service sismologique suisse enregistre chaque année entre 1000 et 2000 séismes, dont la plupart passent inaperçus, bien que les conséquences potentielles soient lourdes. Selon les dernières estimations de ce service, les dégâts cumulés sur une centaine d’années pourraient atteindre jusqu’à 44 milliards de francs de dommages et causer jusqu’à 1600 morts dans le pire des scénarios. L’exercice s’inscrit aussi dans une logique de surveillance accrue des zones à risque, comme la vallée de Chamonix où un autre exercice, EU-ALPEX-2027, est prévu pour mars 2027. Les catastrophes récentes, comme l’effondrement du glacier du Birch au Valais en mai 2026 qui a mobilisé une masse de glace et de roche équivalente à environ 20 millions de tonnes, renforcent la nécessité de ces drills. La Suisse pilote le processus global, du passage de la frontière des équipes étrangères jusqu’à leur retour, démontrant que la coopération internationale est désormais un pilier essentiel de la sécurité civile en Europe.