Une rupture statistique liée aux financements

La situation des demandeurs d’emploi en Région Bruxelles-Capitale est marquée par une complexité administrative croissante. Fin septembre 2026, Actiris dénombre un total de 100.198 chercheurs d’emploi inscrits, chiffre qui représente une augmentation de +5,8 % par rapport à la période correspondante de l’année précédente. Cependant, cette hausse globale masque des réalités contrastées selon les statuts des bénéficiaires. En effet, le nombre de personnes inscrites au CPAS a explosé, atteignant 35.455 individus, soit une augmentation vertigineuse de +86,8 % sur base annuelle.

Ce basculement massif s’explique par la limitation temporelle des allocations de chômage : les allocataires dont le droit s’épuise se retrouvent reclassés sous d’autres statuts, notamment celui des bénéficiaires du revenu d’intégration sociale. La moyenne de ces derniers atteint 52 563 personnes sur la période allant de février à avril 2026, illustrant la fragilité financière de nombreux ménages qui ne parviennent plus à maintenir leurs droits indemnisés.

Une jeunesse et une précarité structurelles

La démographie des demandeurs d’emploi révèle des fractures générationnelles profondes. La catégorie des jeunes de moins de 25 ans est particulièrement touchée, avec une augmentation de +15,2 % sur base annuelle, soit l’ajout de 1.665 personnes au registre des chômeurs. Parallèlement, les personnes en recherche d’emploi depuis un à deux ans voient leur nombre grimper de +16,8 %, ce qui correspond à une hausse de 2.528 inscrits.

Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance lourde où le chômage progresse globalement entre juillet et septembre, avec une moyenne de 99 016 personnes inscrites comme demandeuses d’emploi durant cette période. La précarité touche également les diplômés : concernant le niveau d’études, les chercheurs d’emploi hautement qualifiés sont en hausse de +4,6 % (+866 personnes), tandis que ceux faiblement qualifiés progressent de +7,1 %.

Cette absence de corrélation directe entre qualification et emploi souligne la difficulté du marché à absorber l’offre de main-d’œuvre disponible.

Un paradoxe économique dans une région en croissance

Le tableau est contrasté lorsqu’on observe le tissu économique global. Alors que le chômage s’accroît, les signaux émanant des entreprises industrielles restent positifs. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d’affaires cumulé de ces entreprises a fortement augmenté pour atteindre 23,63 milliards d’euros. Cette dynamique industrielle contraste avec la stagnation du marché du travail, où le taux de chômage s’établit à 16,1 %, en hausse de +0,59 point par rapport à septembre 2025. L’inflation, elle, poursuit sa trajectoire ascendante pour s’établir à 4,1 % au cours des mois de juillet à septembre, érodant le pouvoir d’achat des ménages déjà fragilisés par la perte d’emploi.

Sur les 100.198 chercheurs d’emploi totaux, la répartition genrée est quasi équilibrée avec 49 % de femmes et 51 % d’hommes. La situation des seniors offre une note de stabilité relative : la catégorie des 50 ans et plus est quasi stable, avec une augmentation modeste de +0,7 % (+152 personnes), tandis que les chercheurs d’emploi de longue durée (+2 ans) voient leur nombre diminuer légèrement de -0,4 %, soit -155 personnes.

Ce décalage entre la vitalité économique des entreprises et la détresse des demandeurs d’emploi pose la question de l’adéquation des compétences et de la résilience sociale nécessaire pour absorber les chocs structurels du marché.