L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) se trouve actuellement au pied d’un dilemme budgétaire qui pourrait redéfinir la géographie ferroviaire de la périphérie montréalaise. Pour pallier des ressources financières limitées, l’organisme étudie un scénario visant le remplacement de trois lignes de trains de banlieue par un service d’autobus : celles desservant Mascouche, Candiac et Mont-Saint-Hilaire. Selon les évaluations rapportées par Radio-Canada ce mercredi, cette transition vers la route permettrait de dégager des économies annuelles estimées à environ 21 millions de dollars.

Cette réflexion émerge dans un contexte d’achalandage en net recul depuis la période prépandémique. Les données révèlent que le volume de passagers transportés par les trains est passé de 19,2 millions en 2019 à seulement 6,1 millions en 2023. Si l’ARTM affirme vouloir améliorer la performance globale plutôt que d’opérer des coupes sèches, les élus locaux perçoivent déjà le signal d’une précarité structurelle.

Une complexité technique et patrimoniale majeure

Le scénario de fermeture complète, bien qu’embryonnaire selon Sylvain Yelle, directeur général d’Exo, se heurte à une réalité matérielle imposante. La société détient des actifs ferroviaires évalués à 2,3 milliards de dollars, incluant le matériel roulant, les gares ainsi que des tronçons de voies ferrées et des centres d’entretien. Pour Exo, l’idée même d’une disparition de ces lignes n’était pas à l’avant-plan, la direction ayant plutôt privilégié une optimisation des horaires et du nombre de trajets pour contenir les coûts sans sacrifier le réseau.

Des réactions municipales contrastées sur le terrain

Les maires des municipalités concernées expriment des positions nuancées, oscillant entre pragmatisme administratif et indignation citoyenne. Guillaume Tremblay, maire de Mascouche, adopte une posture mesurée : s’il ne se réjouit pas de la nouvelle, il reconnaît que l’ARTM doit explorer toutes les pistes face à la situation financière actuelle. Il se dit prêt à envisager le retrait du train si un service d’autobus performant est garanti rapidement par des voies réservées, soulignant que les travaux du Réseau express métropolitain (REM) ont déjà alourdi le temps de parcours d’environ une heure.

À l’inverse, Marc-André Guertin, maire de Mont-Saint-Hilaire, rejette catégoriquement cette option. Il dénonce un manque de voix pour les élus au sein de ce qu’il qualifie de « bibite provinciale » et rappelle que les contributions financières des citoyens ont augmenté sans amélioration proportionnelle du service. De son côté, le maire de Candiac, Normand Dyotte, considère la suppression du train comme un non-sens, pointant du doigt les efforts de densification (Transit Oriented Development) entrepris par les municipalités pour stimuler l’achalandage à long terme.

Une réflexion encore préliminaire

Pour l’heure, Simon Charbonneau, directeur des affaires publiques à l’ARTM, tempère en précisant que ces pistes sont encore préliminaires. L’objectif affiché demeure le développement du service sur tout le territoire, bien que la réalité comptable impose une analyse rigoureuse de chaque prestation.

Ce qu’il reste à déterminer

Bien que l’option des autobus soit étudiée pour économiser 21 millions par année, aucune décision n’a été prise. La suite dépendra de la capacité de l’ARTM à concilier les impératifs budgétaires avec les promesses de densification urbaine et la nécessité de maintenir une connectivité fiable pour les régions périphériques.